Résister, désobéir et pique-niquer

Pendant que les rangs de la «résistance pédagogique» continuent, d’après le blog qui lui est consacré, de grossir, des correcteurs de l’IUFM de Livry-Gargan (Seine-Saint-Denis) refusent de corriger les épreuves écrites du concours de recrutement de professeur des écoles, comme ils l’ont expliqué dans une lettre adressée à Valérie Pécresse, Xavier Darcos et Nicolas Sarkozy adoptée à l’unanimité de l’assemblée générale de l’IUFM.  Ils entendent ainsi s’opposer à la masterisation des concours de l’enseignement. Cet événement est à rapprocher des différents pique-niques qui ont été organisés le mercredi 6 mai dernier devant plusieurs inspections académiques, dont celles de Marseille et de Toulouse, en protestation notamment aux sanctions financières et disciplinaires qui touchent les enseignants désobéisseurs. Ceux-ci refusent d’enseigner tant que le gouvernement n’aura pas retiré son projet de réforme. Au-delà du contraste entre l’insouciance des désobéisseurs et la situation dans laquelle ils plongent les candidats aux concours comme dans le cas des correcteurs désobéisseurs de l’IUFM de Livry-Gargan, ce phénomène illustre bien le caractère incontrôlable de l’Education nationale. Non seulement les quelque 3000 enseignants désobéisseurs n’assurent plus leurs cours, mais ils protestent contre les retenues de salaire qui les touchent. Et sont prêts à faire courir le risque de faire annuler les épreuves d’un concours pour défendre leur cause.

Ce refus, de la part de ces fonctionnaires rémunérés par le contribuable, de rendre compte de leur action, n’est pas étonnant, puisque le mouvement de résistance pédagogique préconise même aux enseignants de refuser l’inspection.

Roman Bernard

23 réponses à “Résister, désobéir et pique-niquer”

  1. marike dit :

    ou marinette.over-blog.org

    Je trouve que, selon La Déclaration des Droits de l’Homme, la liberté des uns s’arrête là où celle d’un autre commence. Il est donc totalement anormal de faire subir ses convictions, ne serait-ce qu’à un seul homme, et l’Etat doit être le garant des libertés publiques.

  2. Tinybagheera dit :

    “Il est donc totalement anormal de faire subir ses convictions, ne serait-ce qu’à un seul homme, ”

    Ah bon, et le gouvernement, que fait-il?

  3. Institdésobéisseur dit :

    Contrairement à ce qui est affirmé ici, les enseignants du primaire désobéisseurs assurent l’intégralité de leur service auprès des élèves. A la place de l’aide personnalisée pendant les 2h facultatives, ils mettent en place des activités pour tous les élèves, tout en faisant bien de l’aide individualisée durant les 24h obligatoires. Ils assurent le programme nécessaire, mais continuent à travailler dans l’esprit des programmes de 2002, c’est à dire en permettant aux élèves de s’approprier les notions, plutôt que de les rabâcher sans les comprendre. Ils évaluent de façon formative leurs élèves, mais refusent des évaluations nationales qui préparent la mise en concurrence des établissements. Les enseignants désobéisseurs contrairement à la propagande du ministre et de ce blog font leur travail et probablement bien plus que la moyenne des instits. Et pourtant, certains d’entre eux sont sanctionnés par des retraits de salaire. Tout cela sera contesté devant les tribunaux administratifs. Au final, cette résistance finira par payer car tous ces dispositifs tomberont en désuétude. Et le bon sens aura le dernier mot.

    • soseducation dit :

      Ne voyez-vous aucune incohérence entre faire son travail et refuser que celui-ci soit évalué ? Appartenir à un ministère sans appliquer ses décisions?

  4. marike dit :

    Je pense que tous les instituteurs ou tous les professeurs font bien leur travail, mais selon ce qui leur a été enseigné, dans le cadre de l’organisation des études scolaires, et dans le cadre syndical. L’exigence et l’effort ne sont de loin plus les mêmes qu’autrefois et les méthodes enseignées vont vers une grande baisse de niveau ; le savoir est très négligé face aux activités d’éveil et face à la pédagogie. Par ailleurs j’ai entendu à la télévision, de la bouche même d’un enseignant d’université, qu’il y avait bloquage dans les universités. La grande majorité des étudiants – et beaucoup sont salariés pour payer leurs études- qui voulaient travailler ne le pouvaient pas… D’autre part j’ai un cas concret d’un enfant de CM2 tout à fait bien doué, qui sait à peine lire et écrire, orthographier, au seuil de l’entrée en 6e. Il n’a presque aucune notion de grammaire. Il n’a guère eu de devoirs du soir jusque là.

  5. Tinybagheera dit :

    dois-je rappeler que les devoirs écrits sont prohibés?
    Que la mémorisation des leçons est un travail essentiel à faire en continu le soir à la maison. De plus si cet enfant “doué” est faible en orthographe, ce n’est pas forcément la “faute” de l’instit. L’orthographe est une notion très lourde qui prend jusqu’à la fin du collège à intégrer.

  6. Les profiteurs de l’éducation « Le blog de SOS Éducation dit :

    [...] Le blog de SOS Éducation Association indépendante pour la défense de l’école « Résister, désobéir et pique-niquer [...]

  7. marike dit :

    Et pourtant certains instituteurs le font, je le sais… ils obéissent à leur conscience et ne sont pas très molestés pour cela, que je sache ! Y a-t-il des leçons de grammaire, et une par semaine au moins ? Y a-t-il des dictions, et une par semaine, au moins ? L’orthographe n’est pas de la faute des enseignants…MAIS !!! Ils y sont pour… énormément. D’abord toute l’orthographe grammaticale enseignée, les règles apprises par coeur, ensuite les exercices d’application à la maison etc… OR… Les dictées sont-elles suffisamment fréquentes ? les cahiers corrigés ? Il y a beaucoup de moyens et l’instituteur ne peut pas décharger toute sa responsabilité sur l’élève, quand on voit les 5 fautes/zéro d’autrefois, et le laxisme d’aujourd’hui….

    • soseducation dit :

      En effet, on ne peut pas admettre qu’il y a une crise de l’école sans en considérer comme responsables ceux qui la font… Ou alors, personne n’en est responsable !

  8. GMel dit :

    Bizarre cette position qui consiste à
    -vilipender les enseignants qui désobéissent au grand jour en obéissant à leur conscience
    -cautionner ceux qui donnent des devoirs en douce, en obéissant à leur conscience
    De plus, toutes ces affirmations “c’était mieux avant” ( ce n’est pas vrai, il n’y a qu’à consulter ici http://www.ordp.vsnet.ch/fr/…/2003/…/establet.htm)*, et “les profs devraient faire comme ci et comme ça” (surtout pas) ne sont pas crédibles. C’est un peu n’importe qui dit n’importe quoi.
    Crise de l’école ? Il ne suffit pas de le dire pour que ce soit vrai.

    • SOS Éducation dit :

      Crise de l’école ? Il ne suffit pas de le dire pour que ce soit vrai.

      J’ai presque envie de vous répondre : il ne suffit pas de ne pas le dire ou de dire le contraire pour que ce ne soit pas vrai. Par ailleurs, ces enseignants qui « obéissent à leur conscience », s’ils étaient cohérents, iraient au bout de leur démarche : ils démissionneraient de l’Éducation nationale et enseigneraient dans des écoles hors contrat. Mais non, plutôt que de faire le travail pour lequel ils sont payés, ou bien de refuser d’être rémunérés par un ministère qu’ils réprouvent, préfèrent donc le confort de la sécurité de l’emploi et du salaire : c’est incohérent. Par ailleurs, si, en tant que représentante de 80 000 contribuables, SOS Éducation est tout à fait légitime pour dire ce que les enseignants devraient faire. Rassurez-vous : ils ne suivent pas nos conseils…

  9. GMel dit :

    Le niveau scolaire monte, les statistiques le démontrent :
    “(…)Si on se donne la peine de recenser tous les faits, la hausse globale du niveau apparaîtra rapidement comme une évidence.

    Au début du siècle dernier, les hommes, âgés de trente ans, présentaient le niveau scolaire suivant:
    analphabètes: 10%
    instruction primaire inférieure au certificat d’études primaire: 75%
    CEP: 10%
    primaire supérieur: 2%
    secondaire inférieur au bac: 0,3%
    baccalauréat: 0,7%
    études supérieures: 1%

    Cent ans après, les proportions, pour l’ensemble des élèves sortis du système éducatif, sont les suivantes:
    aucun diplôme: 22%
    certificat d’études: 6%
    secondaire inférieur au bac: 11%
    CAP-BEP: 30%
    baccalauréat seul: 14%
    études supérieures: 17%

    Encore les proportions se sont-elles améliorées, dans les dernières années du XXe siècle, puisque les jeunes générations comptent en 2001 38% de diplômés du Supérieur. Les statistiques militaires nous montrent en outre que le pourcentage d’analphabètes a été réduit à son minimum incompressible vers 1954. On parle aujourd’hui d’«illettrisme», c’est-à-dire d’une maîtrise insuffisante de l’écriture et de la lecture, mais l’analphabétisme traduit des handicaps beaucoup plus radicaux.

    Les statistiques militaires permettent, au moins sur les garçons, de se faire une idée de l’évolution récente, en comparant les résultats des jeunes aux mêmes tests lors des périodes: entre 1967 et 1982, les conscrits français ont amélioré leurs résultats de 3,5 points sur 20, la moyenne passant de 10 sur 20 à 13,5 sur 20. Reprenant les calculs que Christian Baudelot et moi-même avions effectués en 1989, les statisticiens du Ministère de l’Education nationale, ont constaté une hausse tout à fait comparable entre 1981 et 1995.1 Dans les deux cas, une analyse fine, diplôme par diplôme, montre une constance du niveau à diplôme égal, la hausse globale étant imputable au niveau de formation(…)”

    Roger Establet
    Professeur émérite de sociologie Université de Provence.

    • SOS Éducation dit :

      Le plus grand taux d’accès aux diplômes ne prouve rien, sinon la dévaluation de ces derniers. Quant à l’appréciation de l’évolution du niveau par la hausse du taux d’alphabétisation, c’est une logique de nivellement par le bas : à moins d’être un égalitariste forcené, d’obédience marxiste, on ne peut se contenter de prendre le seuil minimal du savoir (lire et écrire) pour apprécier le niveau d’instruction général. Certes, l’alphabétisation a augmenté, mais le brevet ne vaut plus rien, le baccalauréat ne vaut plus grand-chose, les licences constituant le premier palier d’une instruction correcte. Seuls les masters, professionnels surtout, sanctionnent une réelle compétence. Les employeurs l’ont bien compris, qui ne prennent pas le baccalauréat en compte ni même la licence dans le CV d’un candidat à l’embauche.

  10. Marina dit :

    Je suis d’accord avec Roger Establet (Gmel) lorsqu’il dit que le niveau d’instruction monte régulièrement. Il est très difficile d’évaluer un “niveau”, et les critères d’évaluation sont souvent élaborés en fonction de ce qu’on veut prouver!
    Néanmoins, les statistiques “de base”, citées par Roger Establet, sont un élément tout à fait objectif et probant. Il pourrait y en avoir d’autres. Mais, encore une fois, l’évaluation des réelles compétences est complexe. Il faut prendre en compte le développement des différentes formes d’intelligence: pratique, réflexive, abstraite, etc… (Chaque individu développe différemment ces domaines…) Les capacités à opérer des actions mentales complexes, à élaborer un discours cohérent, une démonstration pertinente… C’est très loin de simplement contrôler si une règle de grammaire est comprise et appliquée par un élève.

    De tout temps l’enseignant a eu à faire le contrôle des acquisitions des connaissances par des exercices précis, qui n’ont pas disparu à ce que j’en sais. L’enseignant s’assure toujours que ses élèves ont bien compris et assimilé la leçon précédente avant d’entamer une nouvelle leçon. Et bien sûr, il y a quelques enfants qui ont besoin de plus de temps pour comprendre: ceux-là sont aidés dans le temps normal de la classe. Lorsqu’ils présentent des problèmes annexes de dysfonctionnement de l’apprentissage, associés parfois à des problèmes comportementaux, l’intervention des professeurs spécialisés d’aide aux enfants en difficulté est nécessaire.

    Dans chaque classe, il y a toujours eu au moins un enfant en grande difficulté scolaire. L’enseignant doit jongler entre le programme qu’il doit suivre, les capacités d’apprentissage des enfants qui sont différentes, et les enfants en difficulté à prendre en compte, sans pour autant retarder l’ensemble du groupe-classe.

    Je souhaiterais que ceux qui pensent pouvoir donner des conseils aux professeurs se rendent compte de ce que représente vraiment une journée d’école: qu’ils se trouvent quelques heures à devoir assumer un groupe-classe et ils pourront voir à quel point c’est chose difficile.
    Car il n’y a pas que le contenu de l’enseignement qu’il faut maîtriser. Il faut encore rendre ce contenu intéressant pour les jeunes, et les motiver pour les apprentissages. Nous ne ferons jamais boire un âne qui n’a pas soif! Les enfants ne sont pas des ânes, mais quand ils n’ont pas soif, nous ne les ferons pas boire malgré eux!

    Or le “comment” transmettre les connaissances, c’est ce que l’on appelle la “pédagogie”. Ce mot recouvre tout un ensemble de compétences que le futur enseignant doit acquérir pour maîtriser cette transmission. Il y a la connaissance du développement de l’intelligence (cf. Piaget, qui n’est pas beaucoup connu par le commun des gens), du développement physique, de la croissance de l’enfant et les fatigues ponctuelles qu’elle génère, du développement psychologique et affectif. Il y a la maîtrise de la relation à l’autre, de la relation à un groupe qui réagit en tant que groupe, et donc la maîtrise des techniques d’animation, qui permettent de stimuler l’attention, et l’activité des enfants.

    La pédagogie, bien entendu, c’est aussi maîtriser la progression des matières à enseigner, permettre de ne pas mettre l’enfant en difficulté et de lui facilité l’accès à cette connaissance… Pour cela, il y a nombre d’études et de recherches qui ont été faites depuis de très longues années, et qui, j’espère, continueront.

    Et donc, pour que les enseignants soient dans la meilleure compétence, il est absolument indispensable qu’ils puissent bénéficier d’une solide formation pédagogique, dans le cadre de leur formation initiale, puis de fréquentes formations continues pour leur permettre d’approfondir, de remettre en question, de chercher de nouvelles manières de faciliter les apprentissages des enfants.

    Ayant été de nombreuses années institutrice dans la petite section d’école maternelle (les 2 à 4 ans), j’ai pu constater combien le travail avec les tout-petits est capital pour la suite des études. L’apprentissage de la langue, du schéma corporel, de la spatialisation, de la structuration de l’espace-temps, l’apprentissage de la relation à autrui, dans la coopération plutôt que dans l’agression, l’apprentissage de l’expression personnelle permettant de sortir de la timidité, tout cela s’appelait à l’époque les “pré-requis” des apprentissages futurs: lecture, écriture, mathématiques.

    Dans cette section des tout-petits, j’ai aussi pu constater, hélas, les problèmes rencontrés déjà par certains enfants. Quelques-uns minimes, qui ont pu trouver leur solution grâce à la scolarisation précoce, d’autres, plus graves, qui nécessitaient un suivi spécialisé et une rééducation. Car tous les enfants ne sont pas égaux dans leur développement, dans leur milieu social, dans leur milieu culturel. L’école publique accueille tous les enfants, sans sélection, et essaie de leur donner à tous leur chance d’apprendre.

    Si je témoigne ainsi dans ce blog, c’est aussi parce que je ne partage pas certains points de vue sommaires. Leurs auteurs semblent vraiment ignorer les quelques notions que j’ai essayé de décrire succinctement dans ce message.
    Pardonnez-moi la longueur de ce texte. Il en faudrait d’encore plus longs pour vraiment faire le tour de la question et arrêter de “bloguer” n’importe comment!

    Et si ceux qui “en leur conscience” ont voulu dénoncer des réformes qui détruisent tout ce que je viens de dire, toute l’expérience que j’ai pu faire en tant qu’enseignante, c’est qu’il y a grand danger que l’on ne prenne plus du tout en compte l’intérêt des enfants, et que l’on fasse de graves erreurs.

    L’Education Nationale est un enjeu immense. Il faut travailler à la promouvoir plutôt qu’à la réduire. Donner du temps pour apprendre (quand j’étais enfant, nous avions 30 heures par semaine, quand j’ai commencé à travailler, il n’y en avait plus que 27, et aujourd’hui 24!), réduire les effectifs par classe pour que chaque enfant puisse bénéficier de toute l’attention du maître, promouvoir l’accueil des enfants de 2 ans en classe maternelle. Et surtout, augmenter la formation des maîtres, aussi bien initiale que continue.

    En écrivant cela, vous pouvez vous rendre compte que je n’apprécie pas les “réformes” actuelles qui vont totalement dans le sens inverse.

    Marina

    • SOS Éducation dit :

      Merci pour votre témoignage, Marina. Mais pourquoi n’en tirez-vous donc pas la conséquence que l’hétérogénéité des classes est une entrave à l’exercice du métier enseignant, et qu’il faudrait créer des classes de niveau homogène, à la place… ?

  11. Marina dit :

    Bonjour,
    Vous proposez de faire des classes de niveau “homogène”. Cela n’est pas mon point de vue. Bien sûr, l’enseignant est “plus confortable” avec des enfants qui “apprennent bien”… Mais celui qui enseigne avec ceux qui “apprennent mal” est loin d’être au septième ciel. Il y a injustice! Et cela peut induire une compétition entre enseignants pour éviter d’être avec ceux que l’on a qualifiés de mauvais élèves…

    Cela en guise d’introduction!

    Mais j’estime que votre proposition n’est pas justifiée, si ce n’est par l’idée de séparer encore plus les classes sociales, et de délaisser les plus défavorisés. C’est une façon de mettre les enfants en ghetto. Et l’on sait que cela engendre la violence, donc la répression, donc l’escalade de la violence.
    Si l’on se place du point de vue de l’école publique pour tous, il faut au contraire mélanger les niveaux, et inviter les élèves qui n’ont pas de difficulté à s’intéresser à ceux qui en ont: prendre en compte la différence, la comprendre, l’accepter, afin de créer des liens entre les enfants d’origines différentes. C’est une richesse énorme.

    L’expérience des classes uniques, ou à plusieurs niveaux est assez exemplaire, car les plus jeunes sont stimulés par les plus âgés, et les plus âgés ont un rôle de “grands frères” ou “grandes soeurs”, ils sont donc amenés à donner l’exemple, ce qui est très éducatif. La classe à plusieurs niveaux n’est pas facile pour le maître. Il doit s’organiser pour faire les cours successivement à tous les niveaux, et à donner une certaine autonomie aux enfants pendant qu’il s’occupe d’un autre groupe ou d’un seul enfant.

    Lorsque je souligne la difficulté d’enseigner dans des classes “hétérogènes”, c’est surtout pour mettre en évidence que le nombre d’enfants par classe constitue une entrave à la prise en compte de chaque élève. Diminuer le nombre d’élèves par classe, cela permet un travail plus approfondi, et cela évite de mettre certains en difficulté. Croyez-moi, c’est beaucoup plus intéressant de travailler dans ces conditions.

    Lorsqu’on estime qu’un enfant est “en difficulté”, c’est forcément par rapport à l’acquisition des connaissances qu’il est censé apprendre à l’école, et qui sont fondamentales: bien lire en comprenant le sens du texte, écrire correctement, avec la bonne orthographe et la bonne grammaire, réaliser des opérations de calcul, des problèmes de mathématiques, qui demandent que l’on réfléchisse et que l’on comprenne le sens du raisonnement. Ces choses-là supposent que l’intelligence et le raisonnement soient bien éveillés. Et donc que la pensée se structure, ainsi que le langage, le discours. Bien des activités sont nécessaires pour les exercer. Le langage, les échanges oraux ou écrits, l’organisation collective dans le temps de travail ou de loisirs… Les pratiques artistiques, musique, danse, théâtre, dessin, les pratiques sportives aussi, permettent le développement de ces compétences. Et très souvent, un élèves timide, dit “en difficulté” se révèle dans l’une ou l’autre de ces pratiques. Et alors s’ouvre la porte des autres apprentissages. Car la valeur d’un enfant ne réside par forcément dans sa réussite immédiate dans la scolarité. L’enseignant se doit de chercher la porte, reconnaître l’enfant dans sa richesse cachée, lui permettre de s’exprimer, afin qu’il entre dans le désir d’apprendre.

    Je l’ai dit dans mon précédent message: souvent un enfant ne travaille pas bien parce qu’il est fatigué, à cause de sa croissance. Ou bien qu’il rencontre en dehors de l’école une difficulté personnelle qui l’empêche d’être disponible aux apprentissages, ou encore qu’il est toujours humilié parce qu’il est “petit”, “timide”, ou à cause d’une autre discrimination. C’est à tout cela que l’on doit prêter attention.

    Mes propres enfants ont fait toutes leurs études dans des classes hétérogènes. Dans l’ensemble, ils étaient bons élèves et n’ont jamais été empêchés de travailler par ceux qui étaient en retard. Par contre, ils avaient beaucoup de compassion pour ceux qui ne réussissaient pas bien. Parce que c’étaient aussi leurs copains! Mon fils aîné, né en fin d’année civile, s’est trouvé au CP très jeune et pas du tout mûr pour les apprentissages, avec pourtant une intelligence tout-à-fait normale. Mais il n’était pas encore structuré complètement dans son schéma corporel, sa coordination motrice, et son poignet n’avait pas encore la souplesse nécessaire à l’écriture. Je dois énormément de reconnaissance à son maître qui a su l’attendre, lui donner le temps de mûrir, d’avoir envie de lire et d’écrire, alors que ses copains de classe lisaient déjà dès le milieu de l’année. Il a ensuite fait des études tout-à-fait normales, était le meilleur lecteur au CM2, et est actuellement ingénieur!

    Pour conclure ce message, je dirai que la création d’un milieu humain favorable, l’établissement de relations interpersonnelles respectueuses, la reconnaissance de chaque enfant comme une personne en devenir et capable de progresser, tout cela est la base indispensable pour éviter l’échec scolaire. Pour mettre en oeuvre ces conditions, il faut alléger l’effectif des classes, permettre de dédoubler les groupes en “décloisonnant” avec les autres classes, permettre que les enfants réellement en difficulté bénéficient de l’intervention de personnel spécialisé dans leur prise en charge, garder la mixité sociale de façon équilibrée, et surtout, ne pas “montrer du doigt” les “mauvais élèves” car cela les enferme dans ce statut dont ils ne pourront plus sortir.

    J’exprime ici ce que je crois profondément, que j’ai mis en oeuvre dans mon métier, et que j’ai vu mettre en oeuvre par nombre de mes collègues. J’ai vu des enfants heureux d’être à l’école… et des maîtres heureux d’enseigner… Je souhaite que cela se poursuive dans de bonnes conditions.

    Marina

    • SOS Éducation dit :

      L’hétérogénéité conduit, et votre commentaire le prouve, au nivellement par le bas.

      Plutôt que de forcer les meilleurs à attendre les plus mauvais, ce qui ne manquera pas de provoquer la frustration des premiers et le ressentiment des seconds, et donc, le mépris des premiers, la haine des seconds, conviendrait-il d’établir des classes de niveaux, en fonction des classements, que nous nous proposons de rétablir. Cela me semble plus propice à éviter les violences scolaires dont vous dites qu’elles sont mieux solutionnées par l’hétérogénéité. Comment s’expliquer, alors, que le collège unique soit le terreau d’une formidable violence juvénile… ?

  12. GMel dit :

    Je pense que vous avez lu (?)… un peu vite le commentaire de Marina, il montre, contrairement à ce que vous semblez avoir retenu, que l’hétérogénéité est un avantage pour les élèves, y compris les bons élèves, et les maîtres, s’ils savent exploiter ce qu’elle qualifie de richesse.

    Le rapport Ferrier (Inspection Générale de l’Education nationale), corroboré par le rapport Leroy-Audoin (Institut de Recherches sur l’Economie de l’Education), atteste que :
    « la classe à cours unique –qu’il ne faut pas confondre avec l’école à classe unique- obtient des résultats un peu moins bons que la classe à deux cours ; et, dans la classe à deux cours, les performances des élèves sont nettement moins bonnes que dans la classe à trois cours. ». « Les
    résultats soulignent les aspects particulièrement positifs des classes uniques », dont les écarts positifs par rapport aux cours simples sont de + 3,9 points en fin de CE2 et de + 4,8 points en début de 6ème.
    « Si on examine, en premier lieu, de façon transversale, les acquis des élèves en cours de 6ème, on observe que les élèves qui ont les moins bons résultats sont ceux qui ont fréquenté, en primaire, des cours simples ; par rapport à eux, les élèves ayant été scolarisés en cours multiples, et plus encore, en classe unique, ont des résultats en 6ème sensiblement meilleurs. » ; les écarts sont statistiquement significatifs et quantitativement substantiels ( + 3,89 points pour les cours multiples et + 6,44 pointspour les classes uniques)”.

    Par ailleurs, je trouve très tendancieux de relier une certaine violence au niveau du collège à sa qualité de collège unique. Tellement d’autres paramètres sont à retenir, à analyser, ce raccourci n’incite pas à la réflexion. La “formidable violence juvénile” : là encore c’est à démontrer, non à affirmer, comme souvent dans ce blog selon moi.

    Merci enfin à Marina pour ses deux textes qui font entrer, un peu, entre les murs d’une classe et donnent à voir une réalité sensible, permettent de comprendre et de réfléchir. Ils contrastent avec certains autres commentaires péremptoires, parfois au mépris de la vérité.
    Si l’on veut bien faire, les actions en faveur des enfants et de l’école ne peuvent se mener ainsi, à la légère.

    • SOS Éducation dit :

      je trouve très tendancieux de relier une certaine violence au niveau du collège à sa qualité de collège unique. Tellement d’autres paramètres sont à retenir, à analyser

      Il y a d’autres paramètres, c’est vrai. J’aurais pu aussi attribuer cette violence aux nouvelles pédagogies ayant cours aujourd’hui.

      La “formidable violence juvénile” : là encore c’est à démontrer

      Voici. Philippe Conrad attribue d’ailleurs, comme je le faisais tantôt, la violence scolaire accrue au collège unique…

      Je précise que les auteurs des deux études sont tous deux professeurs.

  13. Sénatin contre la violence à l’école « Le blog de SOS Éducation dit :

    [...] Sénatin rappelle que le ministère de l’Éducation nationale a recensé en 2004 81 000 actes de violence dans les lycées et collèges, ce qui tend à tempérer quelque peu l’optimisme naïf d’une commentatrice de ce blog. [...]

  14. GMel dit :

    Je crois que ce nombre ne dit pas grand chose en lui-même :

    - combien les autres années
    - qu’entend-on par acte de violence
    - les critères sont-ils les mêmes qu’il y a 10 ans, 20 ans
    - la “population” concernée a-t-elle subit des variations, recouvrant par exemple plus largement une tranche d’âge…
    - ont-ils vraiment augmenté, ou les signale-t-on davantage…

    Trop de simplification nuit.

    • soseducation dit :

      Sur l’augmentation - avérée - de la violence scolaire, je vous renvoie à l’étude de Philippe Conrad citée plus haut. Vous y trouverez réponse à toutes vos questions.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Gravatar
Logo WordPress.com

Please log in to WordPress.com to post a comment to your blog.

Twitter picture

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s


Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.

Joignez-vous à 48 followers