
Dessin d'Éric Galland

Dessin d'Éric Galland
La Fédération syndicale unitaire (FSU), première fédérationd’enseignants, fait paraître ce mois-ci un essai du sociologue Choukri Ben Ayed, maître de conférences à l’Université Jean-Monnet de Saint-Etienne. Intitulé Carte scolaire et marché scolaire, il est préfacé par le secrétaire général de la FSU Gérard Aschieri. Le chercheur y met en évidence la crise du modèle de l’école républicaine, que les remises en causes actuelles de la carte scolaire révèlent selon lui. Pour M. Ben Ayed, la cause de cette crise est que «les établissements disposent de nombreux outils pédagogiques ou administratifs pour différencier leur offre éducative : options, dotations horaires, subventions, projets en tous genres. »
Ayant ainsi acté l’échec de l’école et du collège uniques, le chercheur propose non pas de laisser aux parents le libre choix de l’établissement de leurs enfants, mais au contraire de redécouper la carte scolaire pour favoriser une plus grande “mixité sociale” des établissements. Il préconise également de renforcer les aides accordées aux établissements situés en Zone d’éducation prioritaire (ZEP) pour compenser les écarts de niveau croissants entre les établissements.
En somme, Choukri Ben Ayed entend soigner le mal par le mal, en renforçant le système éducatif là où il a échoué : l’absence de liberté de choix de l’établissement. Les inconvénients potentiels de cette liberté de choix qu’il postule («écoles soumises aux lois du marché, politiques ciblées sur critères ethniques, accroissement des processus de ségrégation, rejet de certaines populations») sont pourtant prévus par la mesure du chèque-éducation, ou bon scolaire, prônée par SOS Education, laquelle consiste à financer par la collectivité des écoles indépendantes, librement créées, gérées et choisies par les parents. Plutôt que de prendre acte de l’échec de la carte scolaire, la FSU et son chercheur préfèrent la renforcer, sans considération pour un droit fondamental des parents : l’éducation des enfants.
Carte scolaire et marché scolaire, Choukri Ben Ayed, Institut de recherches de la FSU/Editions du Temps, mai 2009, 144 pages, 16 euros.
Roman Bernard

Dessin d'Eric Galland
L’actualité offre coup sur coup deux exemples tragiques, dont un mortel, des violences en marge des établissements scolaires. La semaine dernière, à Trappes (Yvelines), c’est un garçon de 16 ans qui a été poignardé à la sortie du collège Le Village. Il est décédé hier.
Hier aussi, à proximité du lycée professionnel Gabriel-Péri de Champigny (Val-de-Marne), un adolescent de 17 ans a été frappé de trois coups de couteau par un élève de son lycée. Ce dernier considérait régler ainsi un différend vieux de plusieurs mois, depuis une bagarre qui avait éclaté à l’intérieur de l’établissement. Les deux lycéens avaient été exclus chacun un mois du lycée.
«Depuis, les choses s’étaient calmées, et rien ne laissait présager qu’il puisse se passer quelque chose d’aussi grave», déclare au Parisien le proviseur, Dominique Bertheaume.
Le problème s’est en réalité juste déplacé de l’établissement au dehors. Si les violences scolaires n’ont rien de nouveau, comme l’a révélé l’étude de l’historien Philippe Conrad pour l’Institut de recherche indépendant pour l’éducation (IRIE), elles se sont accrues et aggravées au cours des dernières décennies. Faut-il, comme le faisait Joseph Vaillé dans une autre étude, attribuer une part de ces violences scolaires aux nouvelles pédagogies ? Il semble en tout cas patent qu’outre son échec avéré dans la transmission des savoirs, l’école actuelle soit défaillante dans une autre mission qu’elle s’était assignée, celle de la socialisation des élèves.
À lire aussi, l’article de Lomig, sur Expression libre.
Roman Bernard
Dans notre précédent billet, nous avons mis en avant le fait que les enseignants du primaire dits «désobéisseurs» protestent contre les retenues de salaire qui touchent certains d’entre eux. Ces «désobéisseurs», qui refusent depuis la rentrée 2008 d’appliquer les programmes introduits à l’école primaire par Xavier Darcos, se revendiquent de la désobéissance civile, citant pèle-mêle Etienne de La Boétie, John Rawls et bien entendu Gandhi et Martin Luther King.
Il est déjà très surprenant que des «résistants» ne voient aucune incohérence entre le fait d’être rémunérés par un ministère et celui de refuser d’en appliquer les directives et de lui rendre des comptes. Ils refusent par exemple de donner des cours d’aide personnalisée aux élèves en difficulté. Ils sont également prêts à empêcher des étudiants de passer les concours de l’enseignement, leur faisant prendre le risque d’avoir travaillé pendant une année pour rien.
En dépit de cette grave situation, l’un des principaux soucis des «désobéisseurs» est de trouver une compensation à leurs retenues de salaire, au moyen d’une Caisse nationale de solidarité qu’ils ont créée. Désobéissants à l’égard de leur ministère de tutelle, les «résistants pédagogiques» semblent en revanche très dociles vis-à-vis de leur porte-monnaie.
Faut-il en conséquence qualifier ces enseignants réfractaires de «désobéisseurs», ou bien de profiteurs de l’éducation ?
Roman Bernard
Pendant que les rangs de la «résistance pédagogique» continuent, d’après le blog qui lui est consacré, de grossir, des correcteurs de l’IUFM de Livry-Gargan (Seine-Saint-Denis) refusent de corriger les épreuves écrites du concours de recrutement de professeur des écoles, comme ils l’ont expliqué dans une lettre adressée à Valérie Pécresse, Xavier Darcos et Nicolas Sarkozy adoptée à l’unanimité de l’assemblée générale de l’IUFM. Ils entendent ainsi s’opposer à la masterisation des concours de l’enseignement. Cet événement est à rapprocher des différents pique-niques qui ont été organisés le mercredi 6 mai dernier devant plusieurs inspections académiques, dont celles de Marseille et de Toulouse, en protestation notamment aux sanctions financières et disciplinaires qui touchent les enseignants désobéisseurs. Ceux-ci refusent d’enseigner tant que le gouvernement n’aura pas retiré son projet de réforme. Au-delà du contraste entre l’insouciance des désobéisseurs et la situation dans laquelle ils plongent les candidats aux concours comme dans le cas des correcteurs désobéisseurs de l’IUFM de Livry-Gargan, ce phénomène illustre bien le caractère incontrôlable de l’Education nationale. Non seulement les quelque 3000 enseignants désobéisseurs n’assurent plus leurs cours, mais ils protestent contre les retenues de salaire qui les touchent. Et sont prêts à faire courir le risque de faire annuler les épreuves d’un concours pour défendre leur cause.
Ce refus, de la part de ces fonctionnaires rémunérés par le contribuable, de rendre compte de leur action, n’est pas étonnant, puisque le mouvement de résistance pédagogique préconise même aux enseignants de refuser l’inspection.
Roman Bernard

6000 lycéens ont été consultés
Sophie Fouace, inspectrice de l’académie de Paris, et Caroline Maes, déléguée académique à la vie lycéenne, ont remis le 29 avril dernier leur «Synthèse de la consultation sur le lycée de demain» à Patrick Gérard, recteur de l’académie de Paris. Il sera transmis avant le 15 mai au ministère de l’Education nationale et à Richard Descoings, pilote de la consultation.
Cette consultation, réalisée de février à avril, a concerné 6000 lycéens de 75 établissements parisiens, ainsi que 200 enseignants et personnels d’établissement, responsables des services d’information et d’orientation, des organisations confessionnelles et des établissements privés et universitaires, élus parisiens, partenaires associatifs et économiques.
Tous devaient réfléchir sur les quatre axes de travail proposés par Richard Descoings : l’entrée au lycée, le lycée comme cadre de vie, le choix et la construction de son orientation au lycée, la préparation à l’enseignement supérieur.
Le rapport fait état des préoccupations sur «la perte des valeurs» et «la perte des repères», l’effondrement du niveau en mathématiques et en français, le mauvais enseignement des langues vivantes, l’absentéisme scolaire et le «niveau limite, voire non adapté» des élèves. On aurait pu penser que les savoirs seraient au centre des propositions finales.
Pourtant, c’est moins le lycée comme lieu de travail que comme «lieu de vie» qui est préconisé par cette synthèse.
Le rapport prône par exemple la constitution de «clubs», le développement d’options artistiques et culturelles et d’activités périscolaires, le travail «interactif» au moyen d’une réduction des cours magistraux. Si les devoirs ne sont pas négligés, ils devraient être réalisés, non plus à la maison, mais «dans des plages horaires intégrées dans l’emploi du temps». En somme, alors même que les personnes consultées font preuve d’une grande lucidité sur le constat d’échec du lycée, elles proposent de renforcer les méthodes qui ont jusqu’à présent fait la preuve de leur inadaptation.
Afin de veiller à l’orientation post-secondaire des lycéens, le rapport propose aussi l’instauration de «modules de préparation aux études universitaires», de semaines d’immersion à l’Université, en classes préparatoires, en BTS et en IUT pendant la Terminale, de stages en entreprise pendant la Première, etc. Tout le temps dévolu à l’orientation sera nécessairement pris sur le temps de travail en cours, alors même que les rapporteurs déplorent la baisse du niveau.
Le contraste entre la lucidité des acteurs sur les lacunes des lycéens dans les disciplines fondamentales et l’absence totale de revalorisation des savoirs dans les propositions finales permet de douter de la représentativité de ces propositions. On peut par exemple s’étonner que les rapporteuses affirment que «les élèves restent dans l’ensemble très dubitatifs sur l’applicabilité d’une nouvelle réforme dans un climat de réduction confirmée de postes peu propice à une réelle réorganisation judicieuse du lycée», avant de s’interroger, dans des termes similaires : «Comment envisager une réforme du lycée alors que la réduction de postes risque de compromettre sa faisabilité ?»
A moins d’une unanimité générale, et surprenante, sur la question de la réforme du lycée, la tentation est grande de penser que les rédactrices de la synthèse ont prêté aux lycéens des idées qu’elles voulaient défendre par ailleurs.
Roman Bernard
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