Archive pour juin 2009

Sujets du baccalauréat de philosophie, voie générale

18 juin 2009

Série littéraire (L)

- Le langage trahit-il la pensée ?

- L’objectivité de l’histoire suppose-t-elle l’impartialité de l’historien ?

- Expliquer un extrait de Le monde comme volonté et comme représentation, de Schopenhauer :

Il n’y a pas de satisfaction qui d’elle-même et comme de son propre mouvement vienne à nous ; il faut qu’elle soit la satisfaction d’un désir. Le désir, en effet, la privation, est la condition préliminaire de toute jouissance. Or avec la satisfaction cesse le désir et par conséquent la jouissance aussi. Donc la satisfaction, le contentement ne sauraient être qu’une délivrance à l’égard d’une douleur, d’un besoin ; sous ce nom, il ne faut pas entendre en effet seulement la souffrance effective, visible, mais toute espèce de désir qui, par son importunité, trouble notre repos, et même cet ennui qui tue, qui nous fait de l’existence un fardeau.

Or c’est une entreprise difficile d’obtenir, de conquérir un bien quelconque ; pas d’objet qui ne soit séparé de nous par des difficultés, des travaux sans fin ; sur la route, à chaque pas, surgissent des obstacles. Et la conquête une fois faite, l’objet atteint, qu’a-t-on gagné ? Rien assurément, que de s’être délivré de quelque souffrance, de quelque désir, d’être revenu à l’état où l’on se trouvait avant l’apparition de ce désir.

Le fait immédiat pour nous, c’est le besoin tout seul c’est-à-dire la douleur. Pour la satisfaction et la jouissance, nous ne pouvons les connaître qu’indirectement ; il nous faut faire appel au souvenir de la souffrance, de la privation passée, qu’elles ont chassées tout d’abord. Voilà pourquoi les biens, les avantages qui sont actuellement en notre possession, nous n’en avons pas une vraie conscience, nous ne les apprécions pas ; il nous semble qu’il n’en pouvait être autrement ; et, en effet, tout le bonheur qu’ils nous donnent, c’est d’écarter de nous certaines souffrances. Il faut les perdre pour en sentir le prix ; le manque, la privation, la douleur, voilà la chose positive, et qui sans intermédiaire s’offre à nous.

Série économique et sociale (ES)

- Que gagne-t-on à échanger ?

- Le développement technique transforme-t-il les hommes ?

- Expliquer un extrait de De la démocratie en Amérique, d’Alexis de Tocqueville :

Quant à savoir s’il existe le moindre principe moral qui fasse l’accord de tous, j’en appelle à toute personne un tant soit peu versée dans l’histoire de l’humanité, qui ait jeté un regard plus loin que le bout de son nez. Où trouve-t-on cette vérité pratique universellement acceptée sans doute ni problème aucun, comme devrait l’être une vérité innée ? La justice et le respect des contrats semblent faire l’accord du plus grand nombre ; c’est un principe qui, pense-t-on, pénètre jusque dans les repaires de brigands, et dans les bandes des plus grands malfaiteurs ; et ceux qui sont allés le plus loin dans l’abandon de leur humanité respectent la fidélité et la justice entre eux.

Je reconnais que les hors-la-loi eux-mêmes les respectent entre eux ; mais ces règles ne sont pas respectées comme des lois de nature innées : elles sont appliquées comme des règles utiles dans leur communauté ; et on ne peut concevoir que celui qui agit correctement avec ses complices mais pille et assassine en même temps le premier honnête homme venu, embrasse la justice comme un principe pratique.

La justice et la vérité sont les liens élémentaires de toute société : même les hors-la-loi et les voleurs, qui ont par ailleurs rompu avec le monde, doivent donc garder entre eux la fidélité et les règles de l’équité, sans quoi ils ne pourraient rester ensemble. Mais qui soutiendrait que ceux qui vivent de fraude et de rapine ont des principes innés de vérité et de justice, qu’ils acceptent et reconnaissent ?

Série scientifique (S)

- Est-il absurde de désirer l’impossible ?

- Y a-t-il des questions auxquelles aucune science ne répond ?

- Expliquer un extrait de Essai sur l’entendement humain, de John Locke :

Les affaires générales d’un pays n’occupent que les principaux citoyens. Ceux-là ne se rassemblent que de loin en loin dans les mêmes lieux ; et, comme il arrive souvent qu’ensuite ils se perdent de vue, il ne s’établit pas entre eux de liens durables. Mais quand il s’agit de faire régler les affaires particulières d’un canton par les hommes qui l’habitent, les mêmes individus sont toujours en contact, et ils sont en quelque sorte forcés de se connaître et de se complaire.

On tire difficilement un homme de lui-même pour l’intéresser à la destinée de tout l’État, parce qu’il comprend mal l’influence que la destinée de l’État peut exercer sur son sort. Mais faut-il faire passer un chemin au bout de son domaine, il verra d’un premier coup d’oeil qu’il se rencontre un rapport entre cette petite affaire publique et ses plus grandes affaires privées, et il découvrira, sans qu’on le lui montre, le lien étroit qui unit ici l’intérêt particulier à l’intérêt général.

C’est donc en chargeant les citoyens de l’administration des petites affaires, bien plus qu’en leur livrant le gouvernement des grandes, qu’on les intéresse au bien public et qu’on leur fait voir le besoin qu’ils ont sans cesse les uns des autres pour le produire.

On peut, par une action d’éclat, captiver tout à coup la faveur d’un peuple ; mais, pour gagner l’amour et le respect de la population qui vous entoure, il faut une longue succession de petits services rendus, de bons offices obscurs, une habitude constante de bienveillance et une réputation bien établie de désintéressement. Les libertés locales, qui font qu’un grand nombre de citoyens mettent du prix à l’affection de leurs voisins et de leurs proches, ramènent donc sans cesse les hommes les uns vers les autres, en dépit des instincts qui les séparent, et les forcent à s’entraider.

Rétablir les prix et récompenses pour les élèves méritants

16 juin 2009

Alors que le bac approche, il est intéressant de lire la «Lettre d’Amérique» de Dominique Moïsi, parue dans Les Echos. Professeur invité à l’université de Harvard, Dominique Moïsi y raconte la cérémonie de remise des diplômes, le «Commencement Day», authentique rite initiatique, rite de passage.

Le contraste est saisissant avec l’enseignement français, où les diplômes, du brevet des collèges aux titres universitaires, en passant par le baccalauréat, sont la plupart du temps de simples bouts de papiers remis individuellement aux élèves par le secrétariat des établissements. Le temps n’est pourtant pas si lointain où le système éducatif français visait à l’excellence en décernant à ses élèves les plus méritants des prix, ainsi que des récompenses, selon le même principe que celui qui fait dire à Dominique Moïsi que «l’éducation prise au sérieux est la garantie du progrès collectif de la société». C’est pourquoi nous proposons, en guise de neuvième «point» à notre récent appel à Xavier Darcos, que soient rétablis les prix et récompenses pour les élèves méritants.

Les enfants qui travaillent sérieusement à l’école doivent être valorisés et récompensés de toutes les manières possibles. L’usage des bons points, images, prix, récompenses et bourses au mérite peut contribuer efficacement à distinguer les élèves méritants.

Roman Bernard

La «reconquête du mois de juin» a un coût : 16 millions d’euros

12 juin 2009

Le baccalauréat, qui commence jeudi prochain, coûtera cette année 50 millions d’euros, contre 34 en 2008, soit une augmentation de 47%. La faute, paradoxalement, à la «reconquête du mois de juin» : les enseignements étant désormais assurés jusqu’au bout de l’année scolaire, c’est donc en heures supplémentaires* que les enseignants seront payés pour corriger les copies. [Mise à jour, lundi 15 juin 2009] : Notre désaccord porte surtout sur le fait que la correction des copies faisant partie du temps de travail des enseignants, on peut légitimement se demander pourquoi celui-ci est compté en heures supplémentaires pour la correction du baccalauréat. Les chiffres du baccalauréat, qui «donnent le vertige» au ministre de l’Education nationale Xavier Darcos, posent la question d’une introduction du contrôle continu au bac pour en réduire le coût. Mais c’est une question que Richard Descoings n’a abordée que concernant les examens oraux dans son rapport sur la réforme du lycée.

* Avec, en fait, une rémunération de 5 euros par copie, contre 1,32 euro auparavant.

A lire, l’article d’Aurélien Véron, président du Parti libéral-démocrate, sur son blog : «Combien vaut le bac ?».

Roman Bernard

Pourquoi le projet Scolaria ?, par David Barbaud

11 juin 2009

Il est hélas aisé de constater qu’il est de plus en plus difficile pour l’école publique de remplir sa mission.

L’hétérogénéité des classes, la rigidité du système, la difficulté d’appliquer la moindre sanction, la totale absence de sélection empêchent d’amener les élèves vers la hauteur souhaitée des connaissances à acquérir.

Les nouveaux programmes, en outre, détricotent un peu plus ce qui reste du savoir, pour ne plus entretenir qu’un filet de connaissances trop souvent médiocres.

C’est faire injure à l’intelligence de chaque enfant que de les niveler vers le bas.

Le projet de Scolaria école est double : permettre aux élèves d’acquérir une vraie méthode de travail, dans une ambiance de concentration sereine, tout en mettant l’accent sur l’avenir de leurs débouchés. Ainsi, Scolaria a pour vocation de former de futurs adultes responsables et bilingues, en approfondissant les enseignements de l’anglais (la langue de la mondialisation) et du chinois (la langue du futur en terme de débouchés), tout en pratiquant une politique d’échange avec les Etats-Unis et la Chine, extrêmement profitable à l’épanouissement social des adolescents. Notre objectif principal est de leur donner une fluidité du langage parlé anglais et chinois. Ainsi, dans sa scolarité en collège, dans le cadre du cursus linguistique, chaque élève ira deux fois à San Francisco et deux fois à Pékin, en immersion dans des familles locales.

Il est indispensable également de leur donner une solide culture générale. L’histoire des arts, de la musique et des civilisations n’a d’autre but que de parfaire leur connaissance du monde qui nous entoure, avec un accent plus particulièrement marqué sur l’histoire de l’Europe et de la France. Le sport n’est pas en reste. Tennis et Rugby seront pratiqués au collège Scolaria.

Dès son entrée au collège, l’enfant aura le choix entre trois cursus : linguistique (anglais et chinois premières langues), classique (latin dès la sixième et chinois – ou autre choix – seconde langue en quatrième), et enfin scientifique (mathématiques et physiques renforcées dès la sixième, chinois ou allemand en quatrième).

Les élèves n’ayant pas satisfait à l’examen d’entrée en sixième ou en quatrième pour la rentrée 2012 pourront s’inscrire dans notre établissement dans le cadre d’une classe relais, qui leur permettra de combler leurs lacunes et ainsi d’aborder les cursus avec un bien meilleur taux de réussite.

Nous sélectionnons, parmi nos enseignants, les plus qualifiés et les plus aptes à former les collégiens dans le seul souci de leur réussite individuelle. Nous les suivrons du premier au dernier jour, et tout sera mis en œuvre pour nous assurer de leur réussite personnelle.

Les études du soir intégrées à l’emploi du temps sont un autre point fort de notre école. Les élèves seront encadrés par petits groupes de niveau pour apprendre leurs leçons et faire leurs devoirs.

Enfin, indispensable si l’enfant doit effectuer de longs trajets chaque jour pour retourner à son domicile, l’internat est aussi un choix d’éducation : en effet, dans notre établissement, les élèves internes trouveront un environnement propice au travail et à la détente, encadré par un personnel formé et compétent. Internet et la télévision seront à leur disposition à des heures définies. L’enfant bénéficiera d’un rythme idéal dans sa semaine, sans fatigue due aux transports et d’une nourriture équilibrée.

Le collège Scolaria ouvrira ses portes le 3 septembre 2012. Les inscriptions débuteront le 1er janvier 2011. Nous accueillerons la première année une centaine d’enfants en sixième ou quatrième option classique et 20 autres élèves seront accueillis dans des classes-relais de remise à  niveau. Une demi-pension sera assurée et l’internat ouvert pour une soixantaine de lits.

David Barbaud, Directeur du projet Scolaria.

Site du projet

La pieuvre et le hamac

10 juin 2009
Dessin d'Eric Galland

Dessin d'Eric Galland

Tenue de classe

10 juin 2009

Le ministre de l’Education nationale, Xavier Darcos, souhaite former les professeurs qui le souhaitent à l’exercice de l’autorité. C’était précisément le thème de l’un des livres publiés par SOS Education, d’Olivier Leroy : Comment tenir sa classe, manuel de discipline à l’usage des jeunes professeurs, rappelant les règles fondamentales dont tous les enseignants ont besoin pour tenir leur classe. Il reste à voir si cette formation à l’autorité du ministère correspondra à nos préconisations, comme du reste, pour l’ensemble des propositions du ministre contre les violences à l’école.

Réforme du lycée : la transmission des savoirs secondaire

9 juin 2009

Comme nous le redoutions, les savoirs sont les grands absents de la réforme du lycée. Le Conseil national de la vie lycéenne (CNVL) a fait part des ses préconisations, classées par académie.

Il en ressort que 26 académies sur 29 souhaitent «moins de formalisme dans les relations enseignants-enseignés qui implique qu’on aille bien au-delà d’une simple transmission de connaissances magistrales».

22 conseils académiques de la vie lycéenne (CAVL) sur 29 mentionnent par ailleurs l’idée de «faire du lycée un vrai lieu de vie», une tendance qui se dégage également du rapport de Richard Descoings, qui prône par exemple la reconnaissance de l’engagement extra-scolaire des lycéens.

Il apparaît ainsi que la question de la transmission des savoirs risque de passer au second plan de la réforme.

A lire aussi, notre article sur le site de SOS Education.

Roman Bernard

Réformer l’école publique ?

9 juin 2009

David Barbaud, commentateur régulier du blog de SOS Education, a défini ses neuf propositions de réforme de l’école publique.

1. Instituer un examen d’entrée en sixième : pas de collège si l’on ne sait pas correctement lire, écrire et compter. Pour ce faire, une réforme en profondeur du primaire est à mener, remplaçant les activités d’éveil et les goûters par l’apprentissage rigoureux des fondamentaux permettant à l’individu de s’épanouir bien mieux qu’en le laissant se débrouiller lui même (voilà le vrai mépris). Créer une sixième relais dans l’immédiat afin de permettre une mise à niveau de l’élève ne satisfaisant pas totalement à l’examen d’entrée.

2. C’est au collège que tout se joue. Il y faut les meilleurs pédagogues et les plus compétents. L’âge des professeurs est aussi un facteur décisif. Pas de jeunes professeurs trop peu sûrs. Le professeur doit avoir le bagout et l’expérience pour mener sa classe de jeunes adolescents naturellement turbulents. Les jeunes professeurs doivent suivre plusieurs années de tutorat dans les collèges et les lycées et se former auprès des plus aguerris.

2. Cycle commun à tout le monde de la sixième à la quatrième. Trois années de formation la plus complète possible en culture générale mais une seule langue vivante apprise de la façon la plus rigoureuse.

3. Première échéance en fin de quatrième. En fonction des résultats scolaires, orientation vers un lycée professionnel dont la voie doit être revalorisée, avec un cycle de quatre années sanctionnées par un BEP solide et reconnu.

4. Pour les élèves dont il est évident qu’un tel cycle, même à vocation professionnelle, ne pourra conduire qu’à l’échec : il faut développer pour eux rapidement un système d’apprentissage dès l’âge de 14 ans dans des domaines vairés à définir parmi notamment les nouveaux métiers du tertiaire.

5. Il n’est pas question de subir la présence d’élèves perturbateurs au sein des établissement scolaire âgés de plus de 14 ans. Il faut dès lors responsabiliser les familles et trouver une voie de sortie très rapidement. (Nous avons aujourd’hui en troisième des élèves de 16 à 17 ans qui n’y ont strictement rien à faire). Un collège public doit avoir la possibilité d’exclure immédiatement et sans procédure un élève ayant commis un acte délictueux grave.

6. Pour les autres élèves, le conseil de classe détermine leur capacité à passer en troisième. Cette année devient une année préparatoire au lycée avec toutes les options possibles en vue du lycée général.

7. En fin de troisième, un examen d’entrée au lycée sera imposé aux élèves qui devront y satisfaire sous peine de redoublement immédiat.

8. Le lycée doit se réformer grandement. C’est aujourd’hui un vaste barnum. Pas de seconde indifférenciée. En fonction des options entrevues en troisième, les élèves choisiront entre seconde scientifique, seconde littéraire et linguistique (filière qui doit être absolument revalorisée), et seconde économique. Trois années soumises à la sanction d’un conseil de classe souverain.

9. Enfin un vrai baccalauréat, pas la plaisanterie qui existe aujourd’hui (exceptée le bac S, encore un peu préservé), bac national, sésame indispensable à l’entrée dans une université qui elle aussi est à refonder largement, mais je suis ici hors de mon domaine de compétence.

Vos propositions contre les violences scolaires

8 juin 2009

Dans la discussion qui a suivi notre appel à Xavier Darcos, trois lecteurs ont donné leurs propositions pour lutter contre les violences scolaires.

Lefèvre, vendredi 5 juin à 22h03 :

1. Pour créer de vrais cours de morale et de civisme, il suffit, à l’école publique, de restaurer l’éducation civique (ce n’est pas la même chose que l’instruction, dans l’éducation, l’élève agit). Par ailleurs, la morale est une notion religieuse, et n’a pas sa place à l’école publique. Il faut aussi redéfinir les temps d’enseignement de cette discipline, à une heure hebdomadaire. (et non une demi-heure comme actuellement depuis les programmes de la rentrée 2008).

2. Le premier moyen de restaurer le prestige et l’autorité des professeurs est d’abord que le ministre arrête de les mépriser. Eux, ils savent de quoi ils parlent, ils maitrisent la règle de trois et la conjugaison. Il faut reconnaître leur travail, et l’importance de leur mission pour l’intérêt général. Les enseignants ne sont pas tous des fainéants, d’ailleurs, l’OCDE, qui n’est pas un dangereux syndicat gauchiste, évalue leur temps de travail à 40 heures par semaine.

3. Pour rétablir des cours dans la formation des enseignants, il faut maintenir leur formation professionnelle.

4. Sans restaurer la fonction de surveillant général dans les écoles, on pourrait, si on considère que les élèves ont besoin d’un accompagnement, arrêter de supprimer des postes.

5. La mission de l’école n’est pas d’exclure, il est préférable d’éduquer.

6. L’enseignement de l’éducation civique apprend aux élèves le sens des responsabilités, et le devoir de réparation des dommages occasionnés.

7. [...] Il existe des internats éducatifs, auxquels il convient de donner les moyens.

8. Certains parents ont besoin d’aide.

Gérard Tavin, samedi 6 juin à 9h54 :

1. Supprimer le statut de fonctionnaire pour les enseignants : rien ne le justifie, au contraire, le maintien dans le système des gens qui ne sont pas faits pour. Nouveau statut : profession libérale ouverte à tous sur CV.

2. 900 000 enseignants pour 12 000 000 d’élèves, cela fait une moyenne de 14 élèves par enseignant : conserver ce nombre d’élèves par enseignant pour ne pas augmenter le travail de ces derniers, mais augmenter le temps de présence pour faire un vrai travail d’éducation dans une classe à faible effectif plus facile à gérer (tendre vers les 14) et être plus proche des élèves en difficulté.

3. Donner aux directeurs d’établissement scolaire un vrai pouvoir de choisir ses enseignants d’après leurs compétences et leur charisme.

4. L’intitulé «Education nationale» est une appellation mensongère: dans les fait les «enseignants» enseignent mais rien ne les oblige de s’impliquer dans la fonction d’éduquer. Il faut donc remplacer le titre d’enseignant par celui d’éducateur-enseignant, de la maternelle au collège. Le recrutement serait fait d’après les aptitudes du postulant.

5. Cesser de clamer que l’enfant est au centre du système (alors qu’il est évident que c’est l’enseignant qui y est) et appliquer tout ce que l’on sait au sujet des rythmes scolaires depuis des décennies.

6. Personne ne conteste l’importance des expériences vécues au cours des premières années d’enfance : remplacer les «maternelles garderies» de plus de trente enfants par des classes de 15 enfants maximum recevant une véritable éducation à la vie sociale qui les attend, en particulier apprendre le respect de l’autre. Il va sans dire que les éducateurs recrutés pour ce poste devraient faire partie des meilleurs.

David Barbaud, samedi 6 juin à 11h03 :

1. La responsabilité première est familiale. Société consumériste, jouissance immédiate, crise des valeurs, doltoïsation de la société (la malheureuse [Françoise Dolto] fut souvent mal comprise), sacralisation de l’enfant qui est devenu le centre de la cellule familiale (et du système scolaire), médias glorifiant l’ado consommateur, le «jeune» (autre volapuk du langage socialisant) – il suffit de voir l’ahurissant documentaire de Canal + sur les adolescents ce début de semaine – et enfin mépris souvent constaté à l’égard d’un corps enseignant qui, hélas, n’est pas toujours exempt de reproche. Bien entendu, il ne s’agit pas de nier une paupérisation sociale de plus en plus visible dans les cités et en milieu rural (où j’enseigne).

2. La crise du primaire : je ne reviendrai pas sur les ravages de la méthode globale (toujours appliquée dans la majorité des écoles malgré les dénégations des «spécialistes»), mais je voudrais rappeler que le redoublement en primaire est quasi inexistant et que les élèves ont officiellement jusqu’à la fin du cycle élémentaire pour savoir lire et écrire (CE2), ce qui est totalement suicidaire. Si on ajoute à cela que l’école primaire est devenue une école de l’«éveil» et non de l’acquisition des fondamentaux (les exercices à la maison ont été très longtemps interdits) et que fort peu de «professeurs des écoles» (vocable pompeux consacrant ceux des instituteurs ayant fait allégeance à saint Meirieu) ne montre de goût ni d’intérêt ou simplement même de compétence pour l’histoire, la géographie, les mathématiques, les dictées (orthographe, sciences des ânes disent nos chers pédagogistes) et préfèrent les ateliers-cuisine, ou mener des débats stériles (peut on débattre quand on pas encore acquis les clés du vocabulaire ?). On comprend dès lors pourquoi nous récupérons en sixième des élèves qui ne savent absolument rien.

3. En effet, depuis 10 ans que je suis dans le même collège, j’ai régulièrement demandé des sixièmes tous les deux ans. Il y a encore dix ans, nous pouvions encore parler de la règle des trois tiers : un tiers d’excellents élèves parfaitement préparés, un tiers d’élèves moyens pouvant glisser selon la gestion de la classe dans le premier tiers ou le dernier tiers qui regroupaient les élèves «radiateurs» c’est à dire ceux qui décrochaient très vite, faute d’acquis nécessaires. Aujourd’hui, cette règle n’est plus. Elle est remplacée par celle des 10% : c’est le pourcentage d’élèves en capacité de suivre le programme proposé en collège. La moitié d’une classe est dès la sixième pratiquement perdue pour le lycée (déjà) et décroche progressivement. On comprend dès lors pourquoi on veut transformer le collège en abaissant considérablement les exigences (nous avons déjà de grandes pressions de notre hiérarchie pour «adapter» nos cours et notre notation au «nouveau public»). Le lycée est le continuateur naturel de ce gâchis immense ; le nouveau programme des mathématiques en seconde supprime géométrie, algèbre, déduction pour se consacrer à l’outil informatique uniquement.

4. Enfin, pour terminer, tout cadre structurant a disparu de notre univers. Le surveillant général est devenu conseiller d’éducation (un conseiller conseille «ce n’est pas mon rôle de punir», me disait un des CPE de mon collège devenu depuis principal de collège), les couloirs et la cour de récréation sont devenus des lieux de violence ordinaire (en nette hausse depuis trois ans) jamais sanctionnés, les parents et mêmes les élèves deviennent procéduriers (judiciarisation de la société oblige). Pas de structuration externe, et aucune interne non plus : les élèves qui vivent dans un présent éternel, cocon douillet d’où personne ne songe à les en sortir n’ont aucune notion de chronologie, de rigueur, et ont une paresse intellectuelle de plus en plus inquiétante (même chez les «bons» élèves).

Gâchis national

5 juin 2009
Dessin d'Eric Galland

Dessin d'Eric Galland


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