Archive pour août 2009

Sanctions et punitions mineures

19 août 2009

Cet article est le premier d’une série à venir sur les sanctions et punitions mineures à l’école.

J’ai connu toutes sortes de punitions à l’école. C’est allé de me ficeler sur ma chaise au ramassage de papiers gras dans la cour de récréation, en passant par les lignes, les colles, le coin, le zéro de conduite (aujourd’hui interdit) et bien d’autres inventions de mes professeurs.

Celle qui m’a le plus marqué toutefois était une spécialité de mon maître de CE2, qui me forçait à tenir un stylo entre mes lèvres, sans utiliser les dents, pour me punir d’avoir bavardé. Ce « supplice » était particulièrement dissuasif. Dans la classe de CE2 où j’étais, le silence était monacal.

À mesure que j’avançais dans ma scolarité, les punitions étaient de moins en moins concrètes et de plus en plus symboliques. Elles n’en étaient pas forcément plus intelligentes : il s’agissait, dans mon collège, de recopier le règlement intérieur, par exemple. Lequel règlement intérieur portait principalement sur des détails de l’organisation administrative du collège, dont on ne voyait pas en quoi il faisait réfléchir l’élève sur la nécessaire discipline à l’école. Si ce type de sanction avait le mérite de faire réfléchir à deux fois tout élève perturbateur, il n’en était pas moins fort peu constructif.

J’avais fini par rejeter le principe-même de sanction, du fait de l’incongruité de celles qui étaient infligées aux élèves bavards. Pourtant, si les modalités de la sanction étaient discutables, il faut reconnaître que celles-ci étaient souvent nécessaires pour que le professeur puisse faire cours dans le calme, et que tous les élèves bénéficient un maximum de leur temps passé à l’école.

Ainsi peut-on réfléchir à des sanctions plus judicieuses. Plutôt, comme certains de mes instituteurs, que de menacer les élèves récalcitrants de leur fermer la bouche à l’aide de scotch (!), pourquoi ne pas imaginer des sanctions qui, sans être humiliantes, rempliront leurs deux fonctions de punition et de dissuasion ?

On a beaucoup critiqué, après coup, les instituteurs qui tapaient sur les doigts de leurs élèves avec une règle. Pourtant, cette sanction avait le mérite de n’être pas traumatisante pour les élèves à qui elle était infligée, ni humiliante comme peut l’être le stylo tenu entre les lèvres, et n’était pas dangereuse. Elle avait aussi l’avantage d’être brève. Le cours pouvait recommencer aussitôt.

De même, il paraîtrait inadmissible aujourd’hui d’imposer des séries de pompes aux élèves rebelles. Mais en quoi un tel exercice, qui prend une minute tout au plus, est-il plus dégradant que le recopiage fastidieux du règlement intérieur de l’établissement, qui prive l’élève de longues heures de travail ou de loisirs ?

Le symbole le plus marquant de la punition de l’élève reste, dans l’imaginaire collectif, le « bonnet d’âne », que l’élève devait porter « au coin ». Nombre de spécialistes de l’éducation l’ont jugé dégradant pour l’élève, et il ne s’agirait pas de revenir à l’usage d’un tel objet. Il faut néanmoins reconnaître qu’en rendant l’élève honteux de son attitude, on était davantage en mesure de lui faire changer de comportement. Souvent d’ailleurs, imposer le port du bonnet d’âne constituait plus une plaisanterie qu’autre chose, l’élève portant le bonnet d’âne trouvant là une occasion finalement assez comique de faire le pitre. À l’inverse, aujourd’hui, la punition consiste surtout en l’exclusion de l’élève du cours, ce qui semble, à bien y regarder, plus humiliant pour l’élève, littéralement rejeté de la communauté.

Finalement, pourquoi faudrait-il que l’administration impose ou interdise aux professeurs d’envoyer leurs élèves au coin ou de donner des lignes de copie, de leur infliger des tours de cour de récréation ou des corvées de ramassage de papiers gras, des colles le mercredi après-midi, des pompes ou des zéros de conduite ?

L’essentiel n’est-il pas que chaque professeur puisse, selon son style, les circonstances et, pourquoi pas, son humeur, imposer à ses élèves les punitions qui lui semblent le plus adaptées ?

Et dans cette optique, que les élèves ont-ils réellement gagné à ce qu’on réduise de façon drastique la palette de sanctions à disposition des professeurs ? Une chose est sûre : il ne semble pas que l’atmosphère dans les salles de classe s’en soit considérablement améliorée.

Déplacement dans les rangs

18 août 2009

Dans un article précédent, nous avons expliqué les avantages de l’estrade dans la classe.

Mais cela ne signifie pas que le professeur doive y rester perché, à distance de ses élèves.

Il est capital que le professeur en descende à certains moments pendant le cours pour marcher dans les allées.

On dit même que, si le professeur enduisait ses semelles de peinture, l’ensemble du sol de la classe devrait être repeint à la fin de son cours !

En se déplaçant dans les rangs pendant les devoirs sur table, le professeur peut évidemment mieux surveiller les élèves, et vérifier que personne ne copie. Cela semble évident, mais il n’est pas rare que des professeurs surveillent les devoirs depuis leur bureau, où ils corrigent eux-mêmes des copies (cela peut se justifier cependant dans le cas d’une classe très sérieuse et disciplinée).

Lorsque des élèves effectuent un exercice en classe, le professeur peut, en étant plus proche de ses élèves, leur apporter individuellement les réponses qu’ils se posent. Cela permet de compléter le cours, magistral, par des explications individualisées, ponctuelles.

Lorsque le professeur dicte son cours, marcher dans les allées peut lui permettre de vérifier, d’une part, que le cours est bien pris, et d’autre part qu’il est bien compris. En observant rapidement chacun de ses élèves, l’enseignant peut ainsi vérifier que ceux-ci ne sont pas en train de décrocher. Il peut ainsi plus facilement rectifier le tir pendant le cours. En outre, le déplacement peut aider le professeur à mieux retenir l’attention des élèves qui, ne gardant pas le regard fixe, risquent moins de rêver ou de s’endormir…

D’une manière générale, le déplacement du professeur permet d’éviter les bavardages, les élèves bavards ayant tendance à se mettre au fond. La présence du professeur au milieu d’eux fait échec à leur stratégie (souvent inconsciente, mais pas toujours).

Pour autant, comme toute bonne chose, il ne faudrait pas abuser du déplacement. S’il introduit un changement de rythme propice à l’attention des élèves, il risque aussi de lasser, s’il est permanent. De même, qu’il se déplace ou non, le professeur n’a pas intérêt à perdre de vue l’ensemble de la classe, par exemple en lui tournant le dos.

Super Pédago contre les punitions

18 août 2009
Dessin d'Éric Galland

Dessin d'Éric Galland

Toute ressemblance avec Philippe Meirieu serait purement fortuite.

Retrouvez Super Pédago sur Facebook et sur son blog.

Vouvoiement : indispensable envers les enseignants, préférable envers les élèves

17 août 2009

En 2007, peu de temps après sa prise de fonction, l’ancien ministre de l’Éducation nationale Xavier Darcos se prononçait pour le retour du vouvoiement à l’école afin que « chacun soit à sa place ». Selon lui, le vouvoiement des enseignants par les élèves est « indispensable ». Le vouvoiement des élèves par les enseignants est aussi « préférable ».

Ces propos sont surprenants, car ce constat semble partagé par la majorité des professeurs. Très en vogue dans les années 1970 et 1980, le tutoiement du professeur par les élèves est aujourd’hui en voie de disparition. Certains professeurs vont même jusqu’à faire traduire en conseil de discipline les élèves s’étant permis de les tutoyer ! (Cf. Sébastien Clerc, qui raconte son expérience de professeur de ZEP dans Au secours ! Sauvons notre école, Oh Éditions, 2008).

Si ce point ne fait plus débat aujourd’hui, c’est que les avantages du vouvoiement du professeur par les élèves sont évidents :

  • Le vouvoiement implique un ton naturellement plus soutenu, qui incite les élèves à faire un effort de langue, à soigner leurs tournures et leur vocabulaire ;
  • Il les aide à éviter de déraper sur le ton plus familier qu’ils ont l’habitude d’employer entre eux, mais qui ne convient pas avec leur professeur ;
  • Ils prennent l’habitude d’employer des formules qui restent, malgré tout, très répandues dans le monde des adultes, en particulier le monde professionnel ;
  • Il permet au professeur de maintenir une distance qui peut lui être utile pour assurer son autorité dans les moments conflictuels.

En revanche, il est vrai que le vouvoiement des élèves par les professeurs fait plus débat.

Il semblerait irréaliste et inutile de vouloir imposer à tous les professeurs de vouvoyer leurs élèves.

En effet, il est parfaitement possible à un adulte de parler aux enfants sur un ton respectueux tout en les tutoyant (l’inverse est bien sûr possible aussi, mais est plus difficile à maintenir systématiquement).

De plus, selon leur personnalité, les professeurs doivent avoir la liberté de choisir la manière qu’ils jugent la plus adaptée de s’adresser à leurs élèves.

Néanmoins, le vouvoiement des élèves par le professeur comporte également de nombreux avantages :

  • En étant vouvoyés, les élèves se sentent, à juste titre, considérés comme des êtres responsables et dignes de respect. Car le vouvoiement est la manière habituelle avec laquelle les adultes se parlent entre eux, et manifestent une attitude de politesse et de respect envers les autres ;
  • Le vouvoiement, qui caractérise, on l’a dit, le monde des adultes, prédispose les enfants à entrer dans la logique de l’école, qui est le lieu par excellence où ils se préparent à devenir adultes ;
  • Le vouvoiement, qui institue une distance entre le professeur et l’élève, contribue à renforcer chez ce dernier l’idée que l’école n’est pas pour lui un lieu comme un autre, et que le professeur n’est ni un copain, ni un parent.
  • Dans l’optique de faire reculer les violences à l’école, cette pratique peut paraître assez dérisoire ; néanmoins, lors d’une situation de confrontation entre un professeur et son élève, le vouvoiement apparaît comme un modérateur : il évite à chacune des deux parties de tenir des propos grossiers, vulgaires ou injurieux. La distance induite par le vouvoiement canalise ainsi la tension. Dans une situation, à l’inverse, où l’élève est récompensé, il donne un caractère plus solennel à la récompense.

Les professeurs qui souhaitent instaurer une distance et une solennité supplémentaire avec leurs élèves, peuvent également choisir, en complément au vouvoiement, d’appeler par leur nom de famille, précédé de « Monsieur » ou « Mademoiselle », les élèves.

Notons toutefois que, à l’école primaire, rares sont les manuels scolaires qui font encore le choix de vouvoyer les élèves dans les énoncés d’exercices. D’autre part, dans de nombreux pays occidentaux, la formule de politesse est tombée en désuétude. C’est le cas de l’Italie, de l’Espagne, et bien sûr des pays anglophones. Même au Québec, le vouvoiement est très peu utilisé.

Dès lors, pourquoi souhaiter le maintenir dans nos écoles ? C’est que ce qui se fait à l’étranger n’est pas forcément toujours la meilleure chose à faire chez nous. Pour les raisons précédemment énoncées, la langue française offre la possibilité de s’exprimer avec singularité, distance et distinction. Au nom de quoi faudrait-il en priver les élèves ?

Désobéisseurs : la justice encourage l’anarchie

14 août 2009

Lu sur le site du Figaro :

Le tribunal administratif de Marseille a ordonné l’annulation des sanctions financières sur [le] salaire [de deux enseignants désobéisseurs], décidée par leur hiérarchie pour avoir refusé d’appliquer certaines réformes de l’Education nationale.

Comment ne pas voir que cette décision de « justice », comme celle du tribunal administratif de Montpellier qui a suspendu le retrait de salaire de Bastien Cazals, est une incitation certaine à l’anarchie du corps enseignant… ?

Instituteurs absentéistes : profiteurs ou victimes ?, par Vincent Laarman

13 août 2009
Tribune parue dans « Le Figaro » du mercredi 12 août 2009

Tribune parue dans « Le Figaro » du mercredi 12 août 2009

Super Pédago conseille les jeunes enseignants

13 août 2009
Dessin d'Éric Galland

Dessin d'Éric Galland

Toute ressemblance avec Philippe Meirieu serait purement fortuite.

Retrouvez Super Pédago sur Facebook et sur son blog.

Comment instaurer un système efficace de récompenses à l’école

6 août 2009

La littérature actuelle consacrée à la discipline accorde une grande importance à la sanction. Mais, ainsi que l’essai Au secours ! Sauvons notre école, de Sébastien Clerc (1), l’illustre, elle tend à oublier les récompenses. Et pourtant, les sanctions perdent de leur sens si elles ne sont pas équilibrées par des récompenses pour les élèves méritants.

Une étude de l’université de Stanford (États-Unis) démontre que l’instauration d’un système de récompenses a « un impact non-négligeable dans tous les niveaux de classe en termes d’amélioration des scores aux tests nationaux de lecture ».

Cette étude vient clore un débat qui dure depuis les premiers jours de l’École de la République, quand Ferdinand Buisson, l’un de ses « pères fondateurs », s’exclamait :

« Aux yeux d’une certaine école de moralistes, — école digne de tous nos respects, — les récompenses sont suspectes, sinon condamnées. On leur reproche d’affaiblir le ressort de la conscience, — de substituer au culte du bien pour le bien le culte de l’intérêt, — d’inspirer de l’orgueil aux uns, du découragement aux autres, — de se tromper trop aisément d’adresse, — de favoriser l’esprit au détriment du coeur, etc. »

(Dictionnaire Pédagogique, 1887)

Quelles récompenses ?

Divers systèmes de récompenses peuvent être envisagés.

Parmi les écoles américaines concernées par l’étude de Stanford, 82,1% offrent aux élèves méritants des loisirs, 53,8% leur donnent des bons d’achat pour le magasin de l’école (stylos, cahiers…), 8,5% de l’argent liquide, 3,8% une contribution financière pour accéder à l’université et 13,2% d’autres types de récompenses (lecteurs mp3…).

C’est donc un système analogue à celui des récompenses données par les préfectures aux bacheliers ayant eu les félicitations du jury, en France.

Néanmoins, le système classique, et apparemment tout aussi efficace, consiste à donner aux élèves des récompenses symboliques.

Il perdure dans le cas des écoles américaines étudiées par Stanford : 63,2% donnent aux élèves un « certificat de mérite », et 42,5% un « uniforme spécial » que l’élève peut revêtir à l’école.

Les avantages des deux systèmes peuvent aussi être combinés, avec des récompenses symboliques destinées à être « échangées » contre des récompenses matérielles (belles images, cadeaux).

Il s’agit ni plus ni moins du système des bons points et des prix donnés autrefois dans les écoles françaises, ainsi que ces cartons de couleur, un peu plus petits qu’une carte postale, qui étaient distribués chaque semaine devant toute l’école réunie aux enfants en fonction de leur comportement : carton jaune : mal. Bleu : très bien. Vert : bien. Orange : assez bien…

Les élèves les gardaient à la maison. « Nous n’étions pas traumatisés par ça parce que nous savions que nous le méritions. Pour moi, ce n’était pas une punition. Une fois, j’ai eu le carton bleu, j’étais au septième ciel. Chacun se stimulait pour essayer d’avoir la couleur du dessus », témoigne Claire Polin, présidente de SOS Éducation, se souvenant de son enfance dans un pensionnat tenu par des religieuses dominicaines.

Comme dans les aventures du Petit Nicolas, l’année scolaire se terminait par la remise solennelle des prix. Chacun sait que le premier de la classe de Nicolas, Agnan, reçoit le prix d’excellence dans toutes les disciplines. Mais les autres élèves ne sont pas oubliés. Ainsi, le petit Nicolas reçoit-il le prix d’éloquence, même si la maîtresse dit à ses parents qu’il récompense moins la qualité que la quantité… Nous avons connu un autre élève qui avait reçu le prix du « meilleur camarade dans la cour de récréation ». C’est un moyen de distinguer un élève qui est en difficulté dans toutes les matières et qui accumule les mauvaises notes.

En France, le système des récompenses, qui subsiste dans de nombreuses écoles primaires, a perdu beaucoup de sa force avec la disparition de la cérémonie, qui leur donnait un sens public, et donc beaucoup plus marquant pour les enfants. Il n’est toutefois pas impossible, dans le cadre de la classe, de revenir à une certaine mise en scène de la récompense.

Pour les professeurs qui souhaiteraient instaurer un véritable système structuré de récompenses, voici un exemple de gamme possible :

  • L’éloge verbal, par lequel le professeur manifeste devant la classe qu’il salue le travail ou l’attitude d’un élève méritant, qui se sentira ainsi valorisé et reconnu.
  • Le bon point, qui peut-être abstrait (une mention sur le cahier de la classe), ou concret (une image donnée par le professeur à l’élève). Dans le deuxième cas, qui est préférable car matérialisant la distinction conférée à l’élève, cela permet à ce dernier d’apprendre à être « rémunéré» en fonction de son mérite.
  • Les prix, qui consistent la plupart du temps en des livres correspondant à la discipline dans laquelle l’élève a été distingué, pouvant permettre à l’élève de développer sa connaissance d’une discipline dans laquelle il excelle, et ainsi peut-être susciter chez lui une vocation.
  • On sous-estime l’importance des marques distinctives. Ainsi, nous avons connu un professeur qui avait réussi l’exploit de transformer en « honneur » convoité de toute la classe, d’être autorisé à « lui porter son cartable » ! Il s’en servait donc pour récompenser les enfants. D’autres professeurs manient avec une expertise impressionnante l’art d’autoriser les élèves… à essuyer le tableau, ou encore d’être « responsable du cahier de texte de la classe ».

Voici les avantages à attendre des récompenses :

  • C’est une incitation à bien travailler, comme l’a montré l’étude de Stanford citée plus haut.
  • C’est également une incitation à bien se comporter, qui équilibre la seule sanction en cas de mauvais comportement. Ainsi, le comportement n’est plus apprécié que de façon négative, mais aussi de façon positive : il ne s’agit plus seulement de ne pas perturber le cours, mais aussi de contribuer par son attitude à son bon déroulement.
  • C’est un moyen de se situer par rapport aux autres. Même si l’on peut penser, comme les « moralistes » auxquels s’opposait Ferdinand Buisson, que la concurrence n’est pas à encourager parmi les élèves, sans quoi elle susciterait l’orgueil des élèves récompensés et le découragement des autres, on peut objecter, à la suite de Ferdinand Buisson toujours, qu’elle est de mise à favoriser l’émulation, et à faire en sorte que chacun trouve sa place dans la classe, même si ce n’est pas la première. Cela permet aussi de valoriser les profils originaux.
  • C’est également un moyen de récompenser les élèves qui participent : comme on ne peut pas toujours donner une note, elle permet de compléter la notation de l’élève, de sorte que les bons élèves ayant des facilités seront forcés de participer, tandis que ceux qui auraient tendance à décrocher seront incités à rester attentifs.
  • C’est encore un moyen de récompenser les élèves pour de bonnes actions, qui par nature ne peuvent pas être notées : prendre les cours d’un élève absent, empêcher une bagarre, etc.

(1) Formateur et conseiller de l’Éducation nationale en matière de discipline.

À lire aussi, notre article sur le site de SOS Éducation.

Les avantages de l’estrade

5 août 2009

La suppression de l’estrade dans les salles de classe dans les années 1970 et 1980 fut une des conséquences de la « Révolution pédagogique » (1) qui eut lieu dans le sillage de mai 68.

Pour les promoteurs de cette révolution (Ivan Illitch, Edwy Plenel, Philippe Meirieu pour les plus connus), l’école devait abandonner sa mission de transmission des connaissances et des valeurs pour devenir un lieu où les enfants de tous les milieux sociaux vivent ensemble sur un mode égalitaire.

C’est ainsi qu’ils ont imposé le collège unique, le baccalauréat pour tous, puis les études supérieures généralisées, rendus possibles par l’abolition de la sélection, des notes, et même de la plupart des sanctions.

Mais la révolution n’aurait pas été complète si le professeur continuait à incarner la notion de hiérarchie que l’on s’efforçait de faire disparaître des écoles. Il fallait que le professeur cesse de se croire, et d’être considéré, comme supérieur aux enfants. Il devait quitter son rôle de détenteur et relais des connaissances, aussi bien que des valeurs de l’ancienne société.

Le nouveau professeur, lui, allait se mettre au niveau de ses élèves et se changer en simple médiateur « en recherche » avec sa classe, sur des « projets pédagogiques » où chacun a son mot à dire.

Sur le plan symbolique, la suppression des estrades était donc indispensable.

La transcription de cette idée dans les faits a toutefois pris du temps : dans un article paru sur Marianne2.fr, Daniel Faivre, professeur de lettres au lycée, relate que c’est au cours des années 1990 seulement que l’estrade a été abolie dans son établissement.

Seuls, aujourd’hui, subsistent quelques marchepieds, à la vérité beaucoup moins élevés que les vraies estrades.

L’échec des utopies pédagogiques étant aujourd’hui total, se pose de façon urgente la question des moyens de rendre à l’école son rôle naturel d’instance et de lieu d’instruction des enfants. Comment donner aux enfants les connaissances utiles pour l’avenir ? Comment leur apprendre à respecter les valeurs et les règles de la vie en société ?

Offrir aux professeurs la possibilité d’avoir une estrade peut les aider à retrouver leur rôle. On l’a dit, sur le plan symbolique, l’estrade montre aux élèves que le professeur est un maître, qu’il leur est supérieur par les connaissances qu’il détient et qu’il leur transmet.

Mais l’estrade a également de nombreux avantages pratiques :

  • Si l’estrade est suffisamment haute, elle incite davantage les élèves à l’attention car le professeur est alors en mesure d’attirer plus facilement sur lui leurs regards.
  • L’estrade permet au professeur de voir ce qui se passe au fond de sa classe, et de façon plus générale, de mieux surveiller ce qui se passe à l’intérieur de celle-ci.
  • S’il veut infliger une sanction, il peut convoquer l’élève fautif sur l’estrade, ce qui accroît l’intensité dramatique du moment pour l’élève puni. La honte potentielle peut ainsi jouer un rôle dissuasif.
  • À l’inverse, l’estrade peut servir à décerner des récompenses : elle permet alors une sorte de « montée des marches ».
  • L’estrade peut servir à la récitation des leçons. Elle permettait autrefois d’apprendre aux élèves à prendre la parole en public, dans des circonstances solennelles demandant de maîtriser ses émotions. Comme pour le professeur, l’élève a alors plus de chance de voir ses camarades l’écouter vraiment et avec attention.
  • En outre, l’estrade rend mieux visibles les démonstrations pratiques faites par les professeurs, particulièrement dans le cadre de travaux dirigés. Sans estrade, les élèves du fond de la classe lisent moins bien au tableau et voient mal les exemples donnés par le professeur.
  • Notons enfin que l’estrade permet aux professeurs d’enseigner assis, s’ils le souhaitent, sans que cela ne les empêche de surveiller leur classe.

Pour toutes ces raisons, SOS Education recommande que les professeurs qui le souhaitent puissent faire réinstaller une estrade dans leur salle de cours.

Recommandations techniques pour l’installation de nouvelles estrades :

  • L’estrade, pour être utile, doit être suffisamment haute : la taille optimale se situe entre 50 à 65 centimètres de haut.
  • Afin qu’elle remplisse sa fonction de scène, elle devrait également être assez longue et large pour que le professeur puisse s’y déplacer à sa guise pendant la classe : idéalement cinq mètres sur deux, soit une superficie totale de dix mètres carrés.
  • Enfin, l’estrade sera située près de la porte, sans l’obstruer, de sorte que l’enseignant pourra, depuis son estrade, demander solennellement le silence avant de commencer le cours. Cela rejoint la question de la nécessité d’assurer l’ordre au début du cours, qui fait l’objet d’un article séparé.

(1) Expression créée par Philippe Némo dans Pourquoi ont-ils tué Jules Ferry ? (Grasset, 1989).

À lire aussi, notre article sur le site de SOS Éducation.

Tout se joue dans le premier quart d’heure

4 août 2009

« Quand j’ai débuté, on pouvait exiger que les élèves se rangent par deux dans les couloirs. Maintenant, c’est la pagaille complète. »

C’est le témoignage d’un professeur d’anglais du « 9-3 » dans le livre de Sébastien Clerc, jeune professeur de ZEP, actuellement chargé par le ministère de l’Éducation nationale de dispenser un cours de discipline dans les IUFM, Au secours ! Sauvons notre école (Oh Éditions, 2008).

Les pédagogues d’autrefois étaient formels : si le professeur n’impose pas le silence avant l’entrée en classe, faire un cours efficace sera quasi-impossible.

Le classique de la littérature pédagogique Comment tenir sa classe, de l’instituteur Olivier Leroy, rédigé à la veille de la Seconde Guerre mondiale, commence par ces mots :

« Il n’est pas exagéré de dire que certains professeurs perdent la partie dans le premier quart d’heure. Ce délai suffit, en effet, à une classe, pour évaluer assez exactement ce qu’il est possible de se permettre avec son professeur. L’attitude de celui-ci est donc simple : il faut que, dès les premiers instants, il prouve par sa conduite qu’on ne pourra, contre lui, rien se permettre. »

Comment de tels principes pourraient-ils être appliqués par le professeur qui arrive à sa salle de cours et, muni de la clef, doit se frayer un chemin parmi des élèves déchaînés qui s’aperçoivent à peine de sa présence ?

Il est face à un terrible dilemme : s’il fait entrer les élèves dans le brouhaha, le cours se passera forcément dans la cacophonie. S’il tente absolument d’imposer le silence avant d’entrer en classe, le risque est grand que les élèves n’en aient cure, et que la « menace » que le cours soit annulé ne les impressionne pas, ou pire, qu’elle les réjouisse (le même problème se pose au moment d’exclure un élève de cours).

Le problème est le même quand, le professeur étant déjà à l’intérieur de sa classe, il voit les élèves entrer au compte-gouttes et en bavardant, et est obligé d’attendre les retardataires pour commencer le cours.

L’Éducation nationale, si elle veut réellement donner aux professeurs les moyens d’exercer leur mission, ne peut pas continuer à leur demander de relever ce défi impossible.

Pour que les professeurs aient la possibilité d’imposer le silence et de faire cours dans de bonnes conditions, il est indispensable qu’une ambiance calme soit imposée au préalable par des surveillants dont c’est la responsabilité.

C’est dès le début de la journée de classe, et à la fin des récréations, que le processus doit s’amorcer.

Les élèves d’une même classe doivent être réunis à un endroit spécifique, marqué au sol, dans la cour de récréation, ou éventuellement sous le préau.

Il est recommandé de programmer deux sonneries successives, la première signifiant la fin de la récréation et l’ordre de se réunir par classe à cet endroit, la seconde marquant l’instant où un silence complet est exigé.

Le surveillant doit s’assurer que les élèves soient en rang, deux par deux, et qu’ils observent un silence complet. Si l’établissement connaît de graves problèmes de discipline, il est même conseillé de leur imposer une position particulière, mains jointes dans le dos, ou encore croisées sur la poitrine.

C’est à ce moment là seulement que le professeur prend sa classe en charge, et la conduit, toujours en rang et en silence, vers la salle de cours.

Un temps d’arrêt est marqué à l’arrivée devant la classe. Le professeur n’ouvre la porte que quand le calme complet est confirmé. Il donne alors l’ordre d’entrer.

Restant devant la porte, à l’extérieur de la classe, il fait défiler les élèves devant lui. Ceux-ci rejoignent alors leur place attitrée, et restent debout à côté de leur chaise. Une fois que tous ont rejoint leur place, le professeur entre, ferme la porte, va à son bureau, puis donne le signal à ses élèves de s’asseoir. Les élèves sortent leurs affaires et le cours commence, avant qu’ils n’aient eu le temps de se dissiper.

Le premier jour de l’année est particulièrement crucial. « Aucun discours ne suivra l’installation des élèves. Pas même quelques mots pour dire qu’on veut de l’ordre, de la bonne tenue. Ce que désire le professeur à ce sujet a dû apparaître déjà par les faits », indique Olivier Leroy.

Sébastien Clerc formule des recommandations analogues dans son livre : « C’est une erreur pour un enseignant accueillant une classe, de démarrer par : “Retirez vos casquettes ! Sortez votre cours !” »

« Il importe donc d’être très strict en cette période si brève et décisive des débuts. Il ne faut pas craindre d’exagérer la sévérité. Le fameux adage […] ”manifester la force pour en éviter l’emploi” s’applique ici parfaitement », reprend Olivier Leroy.

Le madré instituteur va même plus loin, au risque de choquer : «  Il vaut mieux étonner les élèves par un excès de rigueur que par un excès d’indulgence. Ne pas hésiter, par exemple, à s’emparer du moindre prétexte pour manifester cette rigueur […], au besoin d’imposer une punition disproportionnée. »

Mais c’est uniquement pour le bien des élèves qu’il préconise cela : « Cette attitude peut paraître brutale et cruelle à certains. Déclarer d’un air froid : “Vous serez puni” à un malheureux gamin qui vient de demander une plume ou un crayon à son voisin sera regardé comme pure tyrannie. » Mais il estime que « des avantages sans limites » découleront de cette stratégie, pour les élèves comme pour le professeur, en particulier le fait que ce dernier pourra ensuite beaucoup plus facilement se permettre des plaisanteries et une attitude chaleureuse, sans pour autant risquer que ses élèves en profitent pour chahuter.

Ce qui vaut pour le début du cours est encore plus important pour le début l’année. Un professeur qui aura établi tout de suite son autorité aura plus de facilité à l’adoucir au cours de l’année qu’un autre qui aurait tenté d’instaurer un climat de sympathie avec ses élèves et qui, voyant que ceux-ci ne suivent pas son cours, tente de remettre de l’ordre en cours d’année.

À lire aussi, notre article sur le site de SOS Éducation.


Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.

Joignez-vous à 48 followers