« Bachelier ou remboursé » d’Acadomia : un symptôme de la crise de l’école

Le ministre de l’Éducation nationale, Luc Chatel, s’est dit choqué que la société de soutien scolaire Acadomia propose désormais une formule « satisfait ou remboursé » aux candidats au baccalauréat.

En chœur, pour une fois, avec le ministre, les syndicats d’enseignants ont également dénoncé cette offre d’Acadomia, y fustigeant avec emphase une « marchandisation » insidieuse de l’éducation.

Le leader français du soutien scolaire à domicile s’engage en effet à rembourser les 1770 euros de sa préparation au baccalauréat si l’élève ne l’obtient pas. À condition qu’il respecte ses engagements, comme celui, évidemment, de participer aux épreuves. Pour le reste, les conditions sont vagues…

Acadomia prend de toute façon peu de risques : le taux de réussite au baccalauréat est désormais de 86 %, ce qui fait 14 % de chances de devoir rembourser la formation, rentabilisée par les autres. Sur les 100 000 élèves ayant chaque année recours au soutien d’Acadomia, 20 000 sont candidats au baccalauréat.

Le « scandale », si scandale il y a, réside moins dans l’offre d’Acadomia que dans le fait que les entreprises de soutien scolaire fleurissent depuis une vingtaine d’années sans que l’Éducation nationale en ait tiré les leçons qui s’imposent.

Au nom d’une conception hyper-égalitariste de l’enseignement, des syndicats comme le SNES dénoncent le fait que les enfants bénéficiant du soutien scolaire d’Acadomia seront privilégiés par rapport aux autres, en raison du coût élevé de la formation. Mais ils ne se demandent pas pourquoi l’école publique, jusqu’aux années 1980, se suffisait à elle-même.

Pourquoi, depuis, les parents éprouvent-ils le besoin de compléter un enseignement qu’ils jugent déficients par du soutien scolaire ? S’il y a eu cette floraison d’officines comme Acadomia depuis une vingtaine d’années, c’est bien que l’enseignement qui est donné aux élèves depuis cette époque pose problème.

Les emplois du temps des élèves, entre les cours, les devoirs à la maison et les transports pour certains, sont suffisamment chargés comme cela. Ce n’est donc pas de gaieté de cœur que des parents payent à leurs enfants des cours assez onéreux.

Xavier Darcos, lorsqu’il était ministre de l’Éducation nationale, était allé jusqu’à proposer une « Acadomia publique ». Pourquoi ne pas se pencher plutôt sur les carences du système éducatif ?

Roman Bernard

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22 réponses à “« Bachelier ou remboursé » d’Acadomia : un symptôme de la crise de l’école”

  1. Romain dit :

    Le marché du soutien scolaire à domicile est évalué à 2 milliard d’euro. Il existait déjà auparavant, mais était à 90% au black. L’explosion des services de soutien scolaire repose sur un crédit d’impôts accordé par l’Etat aux particuliers pour les services à domiciles, qui pousse les parents à faire appel à ce type de société.

    Sachant cela, on mesure l’hypocrisie et la démagogie des cris d’orfraie de Luc Chatel: la marchandisation de l’Education EST un choix politique, dans la veine des réformes mises en place par le président, à savoir la libéralisation de la gestion des universités, des hôpitaux, la privatisation des services publics, etc…

    On peut être pour ou contre, là n’est pas la question, mais il est pour le moins étonnant que nos décideurs n’assument pas leur politique. Ou pas étonnant si l’on sait que notre président drague un électorat qui va de la gauche à l’extrême droite, et qu’évidemment cela ne peut se faire sans quelques contradictions.

    Après, concernant le débat sur l’Éducation, je ne suis pas convaincu qu’il y ait une dégradation de l’enseignement. Je me méfie toujours du discours “c’était mieux avant”. Ce n’était déjà pas parfait avant, et ce n’est pas pire aujourd’hui. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne faut pas l’améliorer.

    • soseducation dit :

      Merci pour votre commentaire.

      Vous écrivez :

      Après, concernant le débat sur l’Éducation, je ne suis pas convaincu qu’il y ait une dégradation de l’enseignement. Je me méfie toujours du discours “c’était mieux avant”. Ce n’était déjà pas parfait avant, et ce n’est pas pire aujourd’hui.

      Je vous invite, pour (peut-être) changer d’avis, à lire cette étude d’un professeur sur la crise de l’école.

  2. Romain dit :

    soseducation> ce document fait des allégations sur des postulats stratégiques et politiques, aucune démonstration.

    Je préfère me baser sur des données concrètes. Avez-vous des données mesurables d’une déliquescence du niveau d’apprentissage des élèves français ?

    • SOS Éducation dit :

      Je vous signale que c’est vous qui avez commencé à avancer que « ce n’est pas pire aujourd’hui », sans aucune « donnée mesurable ». Je vous ai rétorqué par cette étude qu’il y avait des raisons de penser que le niveau baisse. Voilà que vous me demandez des « données mesurables ». Je peux vous rétorquer que, selon Jacques Bourdu (L’école et l’Université, Comment sortir de l’échec ?, Simplifier, Économiser, 2008), 40 % des enfants ne savent pas lire correctement à leur entrée en sixième. Si ce n’est pas de la déliquescence, je ne sais pas ce que c’est…

  3. Romain dit :

    Excusez-moi, mais à moins que je ne sache pas lire moi non plus, c’est votre article qui évoque le premier un enseignement déficient depuis les années 80, sans donnée mesurable, d’où ma réponse.

    40 % des enfants ne savent pas lire correctement à leur entrée en sixième, voilà donc une donnée mesurable. La même mesure existe-t-elle il y a 20, 30 ou 40 ans, effectuée dans les même conditions ? Si oui, je veux bien commencer à changer d’avis.

    Mais pour l’instant, de manière toute aussi empirique que vous pouvez dire que l’Education se dégrade, je constate moi, vis à vis de la scolarité de mes enfants, que les méthodes ne sont pas très différentes du temps où j’étais moi-même écolier, il y a un quart de siècle. Les professeurs non plus ne sont pas différents, ni pire, ni meilleurs.

    D’ailleurs pourquoi le seraient-ils ? Le QI moyen des gens qui exercent cette profession est-il en baisse ? La proportion d’incompétents a-t-elle augmentée ?

    Car au delà des grandes théories technocratiques, que se passe-t-il sur le terrain ? J’ai la faiblesse de croire que les quelques 800 000 enseignants que compte l’Education Nationale sont représentatifs de la population française, c’est à dire qu’une bonne partie d’entre eux fait son travail consciencieusement (ce qui n’exclus pas les brebis galeuses on est d’accord). Le socle des fondamentaux que nos ministres semblent tout à coup redécouvrir, beaucoup n’ont jamais cessé de l’enseigner.

    Par contre ce qui a changé, c’est l’attente de la société vis à vis de l’Ecole, et c’est le rapport de la société vis à vis des enseignants.

    • SOS Éducation dit :

      Permettez : le changement de l’attente de la société vis-à-vis de l’école ne peut pas suffire à expliquer que les parents la désavouent en fuyant le public pour le privé sous contrat, voire hors contrat, ou qu’ils consacrent une fortune au soutien scolaire, sur le temps libre de leurs enfants. Ce phénomène doit au moins nous questionner, et ne pas être balayé d’un revers de la main («ce n’est pas meilleur, ni pire qu’avant», comme si la stagnation absolue était possible). C’est d’ailleurs la simple ambition de cet article : plutôt que de pester contre Acadomia, pourquoi le ministère et les syndicats ne commencent-ils pas à se remettre un peu en cause ?

  4. Virginie dit :

    Enseignante libérale je me permets d’intervenir pour apporter quelques expériences et ressentis personnels.

    Je fais parti de ces gens qui « surfent » sur la vague du soutien scolaire. Et pourtant, c’est à ce titre que je suis pleinement d’accord avec la question du rédacteur de l’article, « Pourquoi ne pas se pencher plutôt sur les carences du système éducatif ? ». J’ai toutes les semaines des scènes qui me sont relatées qui m’écœurent comme par exemple « Nous n’avons pas le droit de poser des questions en classe, car le prof dit que nous sommes trop nombreux et que s’il doit répondre à toutes les questions, il ne pourra pas finir son programme ». Le soutien scolaire est devenu un besoin quasi-vital pour les élèves malheureusement.

    Romain, vous souhaitez des exemples concrets de la baisse du niveau des enfants. Je vais juste me concentrer sur ma matière, les mathématiques.
    Je suis certaine que vous vous souvenez de la relation de Chasles, pas forcément de ce qu’elle représente mais au moins de son nom, et peut-être même que son évocation vous rappelle des cauchemars au collège et un vague rapport avec des vecteurs. Sachez Monsieur, que maintenant les élèves qui entre en seconde au lycée ne savent toujours pas ce qu’est un vecteur. Alors aller leur parler d’un certain Monsieur Chasles qui a donné son nom à une relation… Inimaginable.
    Un autre exemple tout frais, je me suis procuré un des rares nouveaux manuels scolaires de mathématiques qui ont été édités pour répondre aux nouveaux programmes de juin 2009 en classe de seconde. Impossible de trouver un paragraphe parlant des équations contenant des racines carrées. On trouve juste un bref rappel à la fin du livre, sans doute oublié de l’ancienne édition, disant que racine(a * b) = racine(a) *racine (b).
    En entrant un peu dans la caricature, je préciserais également que je me retrouve tous les ans à devoir faire réciter les tables de multiplication ou les identités remarquables à un ou deux élèves de Terminale S !

    Je ne suis certes pas en mesure de comparer avec les enseignements dispensés dans les 80 et précédemment car j’étais à l’époque de l’autre coté, du coté des élèves. Mais je pense que le niveau des élèves dans les enseignements fondamentaux baisse au profit d’enseignements nouveaux (informatiques, langues, … ).

    Concernant plus particulièrement Acadomia et sa campagne publicitaire, le point qui me dérange le plus est que cet organisme propose de rembourser les parents des sommes versées en soustrayant la réduction le crédit d’impôt de 50%. Ce que je trouve normal mais, il n’est jamais question de rembourser l’État qui a financé les 50% restant… Je trouve que la démarche s’apparente à une malversation à l’encontre de l’État. Nos impôts vont ainsi permettre à cette société d’augmenter ses bénéfices en prenant un risque infinitésimal.

    • SOS Éducation dit :

      cet organisme propose de rembourser les parents des sommes versées en soustrayant la réduction le crédit d’impôt de 50%. Ce que je trouve normal mais, il n’est jamais question de rembourser l’État qui a financé les 50% restant… Je trouve que la démarche s’apparente à une malversation à l’encontre de l’État. Nos impôts vont ainsi permettre à cette société d’augmenter ses bénéfices en prenant un risque infinitésimal.

      Effectivement, le deuxième « effet pervers » de ce système de soutien scolaire déductible d’impôts, c’est qu’il est suffisamment cher pour constituer un sacrifice pour les familles modestes, mais que la moitié est financée par tout contribuable.

  5. Romain dit :

    Virginie> je ne conteste pas les défauts du système. Je ne dis pas non plus qu’il ne faut pas l’améliorer. Je dis simplement que c’est comme cela depuis longtemps. Pour vous dire, j’ai obtenu mon bac C (scientifique) avec les notes de 6 et 9 en physique et maths…une aberration non ? c’était il y a 18 ans.

    Donc lorsque je vois le débat revenir sur le devant de la scène, alors que rien n’indique objectivement une évolution, je me dit qu’il sert surtout des enjeux politiques, de la même manière que des thèmes comme la sécurité ou l’immigration, dont le fond évolue peu, mais que l’on sait remettre sur la scène médiatique lorsque le besoin s’en fait sentir.

    • SOS Education dit :

      rien n’indique objectivement une évolution

      Bon. Je vous ai déjà donné un chiffre qui ne vous satisfait pas. Car il ne traduirait pas une évolution, me dites-vous… Voici qui en traduit une :

      « Le budget de l’Éducation nationale est en progression constante. Il atteint en 2007 27 % des dépenses de l’État, alors que par exemple en 1973 le pourcentage n’était que de 19 %. [...] Selon l’Insee, la dépense intérieure d’éducation a augmenté en euros constants de 82 % en 25 ans de 1980 à 2005, alors que le PIB pour la même période s’est accru en valeur de 72 %. [...] [D]e 1978 à 2006, sur 28 ans, le nombre d’élèves de l’enseignement primaire, secteurs public et privé confondus, a été réduit de 700 000 étant ramené de 7 300 000 à 6 600 000. Sur la même période, le nombre d’enseignants s’est accru de 60 000 soit de 20 % passant de 300 000 à 360 000. [...] En ce qui concerne l’enseignement secondaire, là encore secteurs public et privé confondus, le nombre d’élèves est passé de 5 150 000 à 5 650 000 avec un accroissement de 500 000 soit de 10 %. Face à cette situation, l’effectif des enseignants a augmenté de 190 000, soit de plus de 50 % passant de 330 000 à 520 000. » (Jacques Bourdu, op. cit.)

      Donc, à moins de considérer que le niveau s’est accru en proportion - ce qui serait périlleux -, il y a bel et bien une baisse relative du niveau. Et le chiffre que je vous ai donné précédemment montre que les moyens employés ne permettent pas d’atteindre des résultats satisfaisants.

  6. H. dit :

    Bonjour,

    Romain a raison lorsqu’il souligne que l’explosion de ce marché est du en grande partie à la déductibilité des impôts offerte aux parents. Il n’empêche que si ce marché existait déjà mais sous forme caché, c’est donc qu’il y avait déjà un besoin. Les mesures gouvernementales n’ont donc servi que de révélateur.
    L’école en France va mal. La baisse de niveau n’est pas une vue de l’esprit et est réelle (en témoigne les échecs dramatiques de beaucoup d’étudiants en début d’études supérieures). Je me suis penché il ya quelques années sur le problème de l’illettrisme et de l’analphabétisme en France. Grâce au service militaire, on dispose de statistiques fiables et précises depuis plus d’un siècle en la matière. Au début du XXème siècle, entre 5% et 6% de la population masculine était affectée par ce mal alors que l’instruction obligatoire avait à peine trente ans. On en est officiellement aux alentours de 15% (toute population confondue) bien que je soupçonne le chiffre exact d’être plus important (c’est là la seule justification de la JAPD: mesurer ce fameux taux).
    Transformer l’Ecole en un champ clos des luttes politiques (syndicats d’enseignants, syndicats de “lycéens”, association de parents d’élèves sous-marin des principaux partis politiques et ce, principalement dans le public) s’avère destructeur au possible et a conduit à la catastrophe actuelle. L’enseignement privé fait heureusement de la résistance, ce qui fait son succès, mais souffre énormément car il gène les vautours. Au bilan, ceux dont les parents restent d’incurables naïfs, négligent l’importance de l’instruction ou bien n’ont pas ou refusent de mettre les moyens requis pour assurer cette instruction en paient le prix fort. Ils vont rejoindre la longue cohorte de ceux qui se trouvent rejetés du système avec les conséquences que l’on devine ou que l’on voit en matière sociale. La marchandisation de l’enseignement a encore de beaux jours devant elle.

    • Virginie dit :

      Vous dites que “L’enseignement privé fait heureusement de la résistance, ce qui fait son succès, mais souffre énormément car il gène les vautours.”

      En remontant sur 2,5 ans, sur 126 enfants dont je me suis occupée, j’ai soutenu 51 élèves d’établissements privés sous contrat. En discutant avec les parents de ces élèves, il s’avère souvent que c’est le choix d’un cadre environnemental et non pas celui d’un niveau d’éducation qui a prévalu.

      Il y a maintenant une proportion certes encore anecdotique (3 élèves me concernant à cette rentrée) mais croissante de parents qui sont en train de faire le choix de mettre leurs enfants dans le public et de conserver la somme qui avant servait à financer l’école privée pour payer le soutien scolaire.

      Je tends donc malheureusement à penser que dans quelques années seule une éducation financée sera possible… et les sociétés qui vont en profiter ne seront pas les écoles privées mais les sociétés de soutien scolaire qui avec des bouts de chandelles arrivent à donner un nouvel éclairage à l’éducation.

      Horreur !

  7. Romain dit :

    SOS Education > ces chiffres parlent des enseignants, pas du niveau des élèves.

    H. > Il faut sourcer les statistiques, sinon elles n’ont pas plus de valeurs que la rumeur. Une enquête Insee de 2005 évalue à 9% le nombre d’illettrés : http://www.rfi.fr/actufr/articles/070/article_39032.asp

    Cet article de RFI précise que l’enquête “va à l’encontre des théories sur la baisse du niveau des élèves en France. Dans leur ensemble, les 18-25 ans sont moins touchés que les générations plus âgées”.

    • SOS Education dit :

      Manifestement, vous n’avez pas compris. Je disais précédemment que les moyens financiers et humains n’avaient cessé de progresser ces dernières décennies, sans que les résultats en soient pour autant satisfaisants. Pigé ?

      • Romain dit :

        J’ai très bien compris, mais ce n’est pas l’objet du débat, qui est la baisse du niveau scolaire. Démontrer que plus de moyens n’a pas augmenté le niveau ne démontre pas que celui-ci a baissé.

  8. H. dit :

    @Virginie

    “…j’ai soutenu 51 élèves d’établissements privés sous contrat. En discutant avec les parents de ces élèves, il s’avère souvent que c’est le choix d’un cadre environnemental et non pas celui d’un niveau d’éducation qui a prévalu.” Entièrement d’accord avec vous. A programme égal, il est logique de trouver cette proportion au sein des parents d’élèves du Privé. Vous évoquez l’autre partie du problème: la disparition ou l’absence de cadre environnemental au sein des établissements publics (ça commence simplement par une politesse qu’on souhaiterait élémentaire). Il existe aussi des écoles privées (“privées” n’est pas obligatoirement synonyme de “catholique”) où ce paradigme est absent mais cela reste une minorité. Et ce n’est pas avec ce type de décision que cela va s’améliorer (http://criticusleblog.blogspot.com/2009/09/le-role-de-lecole-nest-pas-de-lutter.html. A toute fin utile, aucun jugement de valeur sur des comportements individuels). Si l’éducation (de la responsabilité des parents avant tout) est bien faite, les comportements suivront d’eux-même sans injonctions extérieures.

  9. David Barbaud dit :

    @Romain,

    Si l’expérience d’un professeur qui a enseigné en lycée, en collège et dans plusieurs établissements différents publics depuis 20 ans peut vous servir pour nourrir votre réflexion, je puis vous dire très concrètement que le niveau des enfants entrant en sixième dépend des élèves.
    - il y a ceux qui sont suivis par leur parents et vivent dans un environnement culturel qui les prédisposent à l’école et à ses méthodes. Cependant si parmi eux il est des enfants qui ont subi la pédagogie désastreuse du constructivisme, leur milieu social ne les protège pas de l’échec.
    - il y a les élèves qui viennent de milieu défavorisés. Ils sont donc les fruits uniquement de l’instruction reçue en primaire et malheureusement sont souvent perdus dès la première semaine.
    - enfin il y a les enfants de l’immigration récente, ou primo arrivants. Maîtrisant mal la langue française, leurs codes culturels ne les prédisposent pas toujours à l’apprentissage “à la française” et se cabrent souvent face à la féminisation quasi exclusive du métier d’enseignant.

    Le souci, cher Romain, c’est que tout ce beau monde se retrouve aujourd’hui dans une même classe, ce qui induit une égalisation vers le bas de l’enseignement qui ne doit pas laisser sur le côté les élèves en difficulté. Les bons élèves se trouvent donc assez délaissés sous le prétexte que ces derniers “y arriveront toujours”, ce qui explique leurs difficultés plus tard, faute d’avoir été soutenus suffisamment par des professeurs débordés.
    Ce qui choque, c’est l’écart de niveau entre les premiers et les derniers dans une classe. Voilà ce qui a changé. Dans une classe de sixième, je me retrouve avec cinq élèves entre 16 et 20/20 de moyenne et au moins 10 élèves qui ont moins de 5/20 de moyenne. Cette disparité de niveau empêche une progression homogène du cours. Les difficultés s’accumulent et l’échec est au bout du chemin.
    Lorsque le primaire remplissait sa fonction, les deux/tiers des élèves de collèges pouvaient suivre un programme autrement plus exigeant en collège.
    Il y avait autrefois des collèges d’enseignement secondaires, générales et techniques (CES, CEG, CET). Ces établissement triaient les élèves et leur permettaient de vivre une scolarité adaptée à leur rythme. Le collège unique a cassé cet outil en voulant à tout prix faire réussir une même classe d’âge. Mais c’est oublier que l’individu n’est pas égal devant le travail, les dispositions intellectuelles ou manuelles.
    Cette massification qui a fait tant de mal au système scolaire va d’ailleurs se poursuivre. Pour des raisons budgétaires, on a installé les classes SEGPA (élèves en immense difficulté avec problèmes mentaux légers) et les classes UPI (handicapés) au sein de nos établissements. Mesure généreuse, certes, mais qui se révèlent catastrophique quant à la gestion au quotidien de telles classes et un contact souvent difficile avec les classes généralistes. La violence est d’ailleurs en grande augmentation dans nos établissements, toutes les études et rapports de professeurs l’indiquent. Sachez qu’il est dans les intentions des pouvoirs publics (et de la gauche socialiste également si celle ci revenait au pouvoir), de supprimer SEGPA et UPI afin de mettre tout le monde dans les mêmes classes.
    Je souhaite bonne chance à mes malheureux collègues qui devront gérer ce tonneau des Danaïdes. Mais cyniquement, je ne puis qu’appeler de mes vœux de telles mesures, elles auront pour conséquence la fuite massive des classes moyennes vers les établissements privés.

  10. Twitted by soseducation dit :

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  11. E.GROS dit :

    Mon cher Romain,
    ta contribution m’a fait plaisir : je ne suis pas seul ici. Veux-tu devenir mon Sancho Panza ? A nous deux, nous pourrons lutter contre les moulins à vent (symboles du passé, si l’en est ;-)

    Dans une autre contribution, je rappelle que Socrate, il y a 2500 ans, se plaignait des jeunes, qui n’étaient plus comme avant…

    Cependant, il me semble tout à fait qu’Acadomia fait son beurre sur la fragilité de l’Education Nationale et sur les difficultés des enseignants… du Public.

    Moi, ce que j’attends, c’est que les principaux acteurs de l’Education Nationale, que sont les enseignants, reconnaissent le potentiel qu’ils ont et qui est gâché (par le système, par les syndicats, mais aussi par un certain état d’esprit).

    Le système s’auto-saborde.
    Ce n’est pas d’argent, d’uniforme ou de Surveillant général (j’hallucine !), ni de réforme dont nous avons besoin.

    C’est de courage et de détermination. C’est de cohésion et de cohérence. C’est d’audace et d’ambition.

    Le corps enseignant est malade, écartelé entre la grandeur de leur titre (“professeur”, terme significatif à bien des égards) et la pauvreté de leur (propre ?) estime.

    Le corps enseignant est malade d’un quotidien désespérant et desespéré, quand l’Educateur se nourrit de l’optimisme et de la ténacité.

    Le corps enseignant est malade, de s’être enferré et enfermé dans une position de fonctionnaire exécutant et déresponsabilisé, véritable prison dorée, étouffante à souhait.

    Le cartable de l’enseignant est vide. Il n’est plus un notable . Plus reconnu, il est même contesté, jusqu’à son professionnalisme. Il n’est plus le jalousé détenteur du savoir : le savoir est partout, à foison. Il n’a même pas l’argent*

    Que lui reste-t-il, à ce corps enseignant ?
    Son statut, ses souvenirs, ses rancoeurs. Donc il défend bec et ongle ce qu’il lui reste, ressasse sans arrêt le passé pourtant pas si glorieux.

    Aigri, frustré, désabusé, il n’a plus que deux issues, trois au pire : La démission, le fantasme et la folie.

    La démission, en devenant un “administratif” de l’éducation, protégé par son statut.
    Le fantasme, en imaginant que la solution est à portée de la main, à l’étranger ou sur les photos jaunies.
    La folie, en appelant à une révolution destructrice, en attendant un monde meilleur, à construire.

    Et pourtant, dans ce corps enseignant, il y a des milliers d’étoiles qui scintillent et continueront à briller contre vents et marées.

    QUE TOUTES CES ETOILES SOIENT REMERCIEES…
    .
    .
    .
    .
    .

    * Sauf avec les indécentes HSE, défiscalisées de surcroît, de l’accompagnement éducatif… Ou comment aller dire aux ouvriers de Michelin, que des fonctionnaires touchent 30 ou 40 euros pour une étude surveillée de 6 élèves…

    • SOS Éducation dit :

      Dans une autre contribution, je rappelle que Socrate, il y a 2500 ans, se plaignait des jeunes, qui n’étaient plus comme avant…

      Deux choses :

      1) La Grèce a fini par être soumise à Philippe de Macédoine. Déclin il y eut.
      2) Le fait que l’humanité progresse en effet sur le temps long doit aussi être interprété comme le fait que la peur du déclin a « aiguillonné » le progrès.

  12. rapport de stage dit :

    Acadomia emploi en grande partie des gens qui n’ont rien à voir avec le monde pédagogique de l’enfance et de l’éducation; en grande partie des étudiants à temps partiel payé au smic bien enttendu, une émission de TV a démontré que la majorité de ces recrutés ne matrisent pas les bases nécéssaire de calcul (nominateur/dénominateur…et j’en passe), le but de ces recrutés déja en difficulté financière quasi-quotidienne, à votre avis vont-ils penser réellement à faire des efforts pour bien cerner les lacunes et les handicaps des élèves ? personnelement je le penses pas. enfin pour cloturer, l’école nationale va mal, les enseignants le sont aussi, et toutes les réformes n’ont fait m’empirer le malaise ( trop de réformes, tue les réformes ).

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