Archive pour décembre 2009

Véronique Besse, députée de Vendée, demande à Luc Chatel de mettre fin à la cagnotte contre l’absentéisme

3 décembre 2009

Question publiée le 1er décembre au Journal officiel par Véronique Besse, députée de Vendée :

Mme Véronique Besse attire l’attention de M. le ministre de l’Éducation nationale sur l’effet désastreux que pourrait avoir l’instauration d’une récompense financière pour une classe dont les élèves renonceraient à l’absentéisme. Ce système de « cagnotte » tend à faire croire que les élèves travaillent pour la société et non pour eux-mêmes. Il crée par ailleurs un lien de pur intérêt entre les élèves et leur école et détourne l’effort de sa finalité, à savoir l’obtention d’un savoir et un épanouissement personnel, pour l’orienter vers un but exclusivement lucratif. Le président de la République a lui-même fait savoir à plusieurs reprises qu’il entendait récompenser les élèves qui travaillent et font des efforts, mais s’est opposé au système de « cagnottes ». Or le ministère de l’Éducation nationale n’a pour le moment pris aucune décision pour annuler effectivement le système de cagnotte instauré dans l’académie de Créteil. Rien ne permet de penser qu’il ne sera pas étendu prochainement, comme cela avait été annoncé initialement. En conséquence, elle lui demande s’il entend renoncer au système de cagnotte mis en place dans trois lycées professionnels d’Île-de-France et lui demande par ailleurs de lui indiquer les mesures qu’il compte prendre pour récompenser l’effort et le mérite chez les élèves.

Les profs ont la parole (2)

3 décembre 2009

Aujourd’hui, la lettre de M. Jean-Paul Saint-Marc, enseignant à l’académie de Bordeaux, à sa hiérarchie. Les gras sont du blogueur H16, chez qui cette lettre a été trouvée.

Le 13 novembre 2009

Lettre ouverte à M. le Recteur de l’académie de Bordeaux

Monsieur le Recteur, dans une lettre recommandée du 25 mai 2009, je vous demandais votre arbitrage dans un différend règlementaire m’opposant au proviseur de mon lycée. N’ayant pas eu l’heur d’une réponse, convient-il de conclure à l’absence d’arguments qui me soient opposables ? En effet, la nature du différend est telle qu’elle signifie une irrémédiable rupture du lien de confiance entre sa hiérarchie et le professeur, et réciproquement.

Pour rappel des faits tels que je vous les ai détaillés :

Le portable de l’élève a émis un son qui n’était pas dû à un appel et à l’oubli de couper le fonctionnement de celui-ci, mais à la manipulation de l’élève avec l’intention de troubler le cours. Le repérage a été instantané, l’élève faisant passer son portable « noir » d’une poche de son blouson « blanc » vers le dessous de la table. J’ai donc exigé la remise de l’appareil, saisi suite à plusieurs injonctions avec l’intention décrite ci-dessus. Les 20 minutes qui ont suivies ont été émaillées de remarques et d’interventions inappropriées au cours et un concert de sons curieux et de mots inintelligibles d’élèves ventriloques. La solidarité et le jeu ont des limites qui ont été largement dépassées ici.

A la fin du cours, l’élève fautif est venu réclamer son portable avec le soutien de deux de ses camarades. Après plusieurs refus, après que l’élève responsable ait eu l’autorisation d’éteindre son portable, les élèves ont déclaré se rendre chez le proviseur, sûrs d’être écoutés. Sur le départ, l’élève perturbateur a laissé entendre qu’il y avait quelque chose de raciste, et devant un « pardon ? » fortement interrogatif, s’est rétracté !

Trente minutes plus tard, me rendant chez le proviseur, je n’ai pas été surpris de croiser les élèves qui en sortaient. Ils arboraient un sourire de victoire, puisque sans m’avoir consulté sur les faits, le proviseur avait décidé de ne pas sanctionner le perturbateur, au prétexte, je me permets de le rappeler, que tous les élèves s’opposant au professeur, ce dernier avait nécessairement tort.

En conséquence, surpris et décontenancé par la position de M. le proviseur, j’ai été réduit à attribuer une punition scolaire à l’élève initiateur du trouble, au motif de l’usage intempestif du téléphone, avec l’obligation de réaliser cette punition pour le 26 mai pour être accepté en cours.

Au-delà du conflit interne à un établissement, les faits et l’attitude de l’administration de l’Éducation nationale qui en résulte ont de quoi soulever des questions et de susciter des remarques.

En dépassant l’aspect de la juridiction administrative, il s’agissait d’une lettre d’un professeur qui a été plus que déstabilisé et qui vous l’a formulé ainsi :

Je considère que la position de M. le proviseur contribue à me mettre en difficulté face à la classe. Mais pas uniquement cela, je suis aussi mis en danger tant sur le plan moral que physique. En effet, le professeur que je suis a dépassé l’âge l’autorisant à demander la retraite et sa résilience à l’effet du stress de tels évènements est amoindrie.

Outre la forte amertume que suscite chez le professeur l’insensibilité de sa hiérarchie, cette surdité n’est pas sans rappeler les déclarations des plus hautes instances de l’E.N., à chaque fois que survient un évènement grave dans des établissements de telle ou telle académie. On feint alors l’ignorance, on affirme qu’aucune information n’est remontée permettant de considérer que l’établissement en question est autre chose qu’un « établissement tranquille », et on déclare que l’évènement était imprévisible. L’émotion qui semble alors toucher la classe responsable confine à l’incongruité.

Si par chance, l’académie de Bordeaux a été épargnée jusqu’à ce jour, bien des situations approchent chaque année le point de rupture…

Pour qui suit l’actualité de l’EN, force est de conclure que la surdité interne est un principe fondamental de gestion du système dont j’expose ici un des aspects. Pour revenir à l’aspect juridique des suites que j’aurais pu engager au tribunal administratif, outre que la procédure en est toujours aléatoire, ce que l’administration sait, elle s’inscrit généralement dans la discrétion recherchée et n’a le plus souvent que peu de conséquences visibles ce dont l’administration s’accommode fort bien… Je n’aborde même pas l’obligation de réserve du fonctionnaire tant elle suppose en retour la considération de son administration qui est ici hors sujet !

Pour revenir aux faits et à la position prise par le chef d’établissement, alors que le règlement intérieur indique une interdiction formelle du portable en cours, il y a là une démonstration faite aux élèves que les règles énoncées peuvent être contournées. Quand on sait que pour se targuer d’être un modèle l’E.N. rajoute le qualificatif « citoyenne » à éducation, là on aboutit à la tartufferie la plus schizophrène…

Comme je l’ai précisé, « les élèves ont déclaré se rendre chez le proviseur, sûrs d’être écoutés » révèle qu’il s’agit d’un fonctionnement devenu coutumier, et se trouve là l’expression stricto-sensu des décrets de juillet 2000 sur le règlement intérieur des « Établissements Publics Locaux d’Enseignement ». D’un esprit déjà suspicieux à l’encontre des enseignants et personnels de l’E.N. desquels il faut protéger l’élève, le zèle particulier du clientélisme désormais installé (et subrepticement introduit dans la notion de mérite) au sein de l’E.N., en fait des employés qui doivent complaire à des « clients » ! Là aussi, on n’est pas à une contradiction près quand les instances de l’E.N. déplorent le consumérisme des familles !

Reste à l’E.N., à sa hiérarchie et aux divers ministres de l’E.N. d’assumer véritablement leurs responsabilités, ce dont ils s’exonèrent en permanence… Autant ceux-ci se gargarisent des apports de l’éducation au fonctionnement de la société et à l’intégration de la jeunesse, ce qui me paraît de moins en moins juste, autant ils se taisent lorsque des évènements liés à l’anti-éducation dispensée au sein de l’École viennent faire l’objet de la rubrique des faits divers et délits.

Depuis la rentrée, par deux fois au moins, Sud-ouest s’est fait l’écho d’un délit de fuite lors d’un contrôle policier de deux roues… En effet, à l’École on apprend que l’on peut passer outre le règlement, qu’il suffit de se récriminer, de s’organiser en clan pour imposer « sa » loi, pourquoi cela n’en serait-il pas de même dans la « vraie » vie ? Le premier et ses suites relatés dans SO les 8/9 et 10 septembre ont eu lieu à Lormont. Commune aux quartiers sensibles, cela aurait pu dégénérer sans le sang-froid des policiers… Le second dans SO du 29 octobre, encore un délit de fuite, ici d’un jeune majeur à Pessac. Après une course poursuite, il a été touché par la voiture de police, mais sans gravité… Ouf ! Enfin, là on ne voit pas l’E.N. revendiquer sa « réussite » comme elle le fait à chaque étalage d’éducation « citoyenne » et bien-pensante pourvoyant au spectacle lénifiant et mystificateur qu’il convient d’exposer à l’opinion publique…

Le tableau n’est pas complet si on ne rappelle pas le contexte de l’orientation sociale donnée au fonctionnement de l’E.N. Désormais la référence est l’élève en difficultés, celui à qui on n’a de cesse de dire qu’il est victime de la société, lui appliquant une pédagogie de commisération le plaquant ainsi dos à ses origines sociales, quitte même à entrainer dans le déclassement une partie des catégories ayant bénéficié par le passé de l’ascenseur social républicain… Comment peut-on alors penser qu’il ait encore envie de s’intégrer dans la société ? En fait les seuls gagnants, comme d’habitude, sont ceux qui affichent le « beau rôle » qui conforte l’indigent dans sa situation.

Quel est le bilan de cette politique assénée à l’enseignement public (dans l’académie pour le moins) ? Il est des évaluations difficiles à contester malgré les résultats aux examens largement « dopés », des comparaisons faites sur des calculs tenant compte des catégories sociales et déterminés par le M.E.N. lui-même… Ainsi en Gironde, le classement de l’Express en 2008 de 38 lycées, 27 publics et 11 privés, voit dans les 10 premiers seulement 4 établissements publics alors qu’ils sont les plus nombreux… Les deux lycées les plus prestigieux de Bordeaux se retrouvent 10ème (Eiffel) et 14ème (Montaigne). Le sens de cette lecture se retrouve chez « L’Étudiant » et d’autres médias, autrement dit elle est générale. En quelques années, le public, à qui on impose des règles de fonctionnement aberrantes, a chuté face au privé de façon dramatique…

Monsieur le Recteur, on prétend actuellement rechercher plus d’efficacité dans la fonction publique… En réalité, cette politique appliquée à l’E.N. n’a d’autre finalité que de développer des apparences. Elle montre qu’elle n’a cure, outre de sa réelle efficacité sur le plan social, des personnels qu’elle expose à toutes les vicissitudes même s’ils en subissent de forts préjudices. En somme, tenter de répondre à mon courrier aurait été reconnaître les défaillances d’un système dans lequel vous assumez des fonctions importantes.

En conclusion, nous sommes sur la « bonne » voie, celle d’un objectif de 10% à 20% de la population instruite nécessaire pour assurer le fonctionnement de la société que l’on installe. Quant au reste, dont l’acculturation programmée le prive des savoirs permettant de comprendre et de participer à la gestion le monde, il sera cantonné au « tittytainment », ce qu’explique si bien Jean-Claude Michéa dans « L’enseignement de l’ignorance et ses conditions modernes »…

Veillez agréer, Monsieur le Recteur, mes respectueuses salutations.

Vous êtes professeur et voulez témoigner de votre expérience ? Vous pouvez m’envoyer vos récits à l’adresse suivante : blog.sos.education@gmail.com .

À lire aussi, l’article de l’Hérétique.

Les profs ont la parole (1)

2 décembre 2009

Aujourd’hui, témoignage de Damienne Martin, professeur des écoles.

J’ai besoin de raconter mon histoire qui a eu lieu il y a trois ans, et qui me hante encore.

Je suis professeur des écoles depuis 16 ans cela fait 11 ans que j’ai des CP.

Cette année-là, trois élèves perturbateurs se sont retrouvés sanctionnés : mise au coin, punition du style « Je ne dois pas déchirer exprès la feuille de mon camarade ». À copier une seule fois, car nous étions en début de CP.

Ces trois familles, dont vous imaginez le niveau, se sont monté la tête, ont essayé d’ameuter tous les parents d’élèves de cette classe et des autres classes pour faire une pétition contre moi. Elle n’a pas pu être faite faute de parents allant dans leur sens.

À la suite de cela, ils ont déposé plainte directement auprès du procureur, qui devant le nombre (trois personnes…) a décidé de me poursuivre. Quatre mois après, le 21 février, j’ai été convoquée au commissariat et mise en garde-à-vue pour violence aggravée sur enfant. Sans aucun certificat médical bien sûr puisque la seule chose que j’avais faite était d’avoir ramassé par le bras un enfant qui se roulait par terre. Mais, cela, apparemment, c’est une violence physique. J’aurais insulté les élèves. J’étais méchante, ils ne voulaient plus venir à l’école, bien sûr, j’essayais de les faire travailler. J’osais leur tenir de force la main pour écrire (nous étions en début de CP !).

Vous imaginez comment j’ai vécu cette garde-à-vue. J’ai cru que c’était un cauchemar.

Elle a très vite été levée quand ma hiérarchie a appris la nouvelle. Elle a joint le procureur.

Le commissaire a même téléphoné chez moi pour présenter des excuses au nom de la police car je n’aurais jamais dû être mise en garde à vue. Mais par le zèle d’un jeune procureur et l’excès de zèle d’un policier (fils de prof m’avait-il dit, et sans doute ayant des comptes à régler avec l’Éducation nationale), j’ai dû subir cette humiliation.

Les parents d’élèves l’ayant su, se sont mis en colère , ils ont organisé une pétition, ont écrit des témoignages où tous les points qui m’étaient reprochés étaient démentis pour des cas équivalents. Les collègues ont fait de même, les écoles de la ville ont été fermées un après-midi et les syndicats ont organisé une réunion lors de laquelle, en pleurant, j’ai raconté ma mésaventure.

L’affaire a été classée sans suite, mais je ne l’ai su que deux ans après.

Mon désespoir, c’est que mon avocate m’a déconseillé de porter plainte, car selon elle, je n’arriverais pas plus à prouver qu’ils mentent qu’eux n’avaient réussi à prouver ce dont ils m’accusaient.

Et depuis je vis avec la peur au ventre que ça recommence, que la « méchante maîtresse » a encore osé punir, qu’elle a osé crié sur tel chérubin, et bien d’autres choses encore… Car maintenant, j’ai un passé, même s’il est classé.

Depuis cette mise en cellule, je fais des crises d’angoisse. J’ai toujours des cachets à portée de main.

On ne peut pas faire correctement notre travail. Et lorsque les enfants échouent, c’est bien sûr de notre faute.

Vous pouvez transmettre mon courriel à Claudine Lespagnol. Elle verra qu’elle n’est pas la seule. Cela peut lui remonter le moral.

Moi, son histoire actuelle me désole. Et m’effraie.

Bon courage à tous !

Damienne Martin

Vous êtes professeur et voulez témoigner de votre expérience ? Vous pouvez m’envoyer vos récits à l’adresse suivante : blog.sos.education@gmail.com .


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