L’annonce de Luc Chatel de faire appel à « des retraités, des étudiants… » pour remplacer les profs absents devrait sonner l’alarme dans tout le pays, et en particulier chez les parents et grands-parents d’enfants scolarisés.
Car cette « solution » révèle l’ampleur du désastre éducatif dans lequel nous sommes entrés : notre pays ne dispose tout simplement plus de personnel qualifié et en âge de travailler pour faire cours à nos enfants.
La plupart des secteurs de notre économie, on le sait, sont ravagés par le manque de main-d’œuvre qualifiée : artisanat, restauration, professions médicales, ingénierie… Mais la vérité qui éclate au grand jour, c’est que le métier de professeur ne fait pas exception.
En réalité, depuis vingt ans, pour maintenir les quotas de recrutement d’enseignants, en particulier dans les matières scientifiques, il a fallu diminuer sans cesse les critères de sélection. On accorde aujourd’hui le CAPES à des candidats ayant 6/20 de moyenne au concours, et qui maîtrisent à peine les règles de base de l’orthographe.
Cette situation a été dénoncée par plusieurs ministres, dont François Bayrou, Claude Allègre, et Xavier Darcos lorsqu’il était ministre délégué à l’enseignement scolaire, en 2002. La solution de Xavier Darcos était alors d’augmenter considérablement le salaire des professeurs, pour parvenir à attirer de meilleurs candidats, solution que les difficultés budgétaires de l’État français ont rendue impossible.
Pourquoi une telle pénurie de talents pour exercer « le plus beau métier du monde » ? D’abord parce que l’Éducation nationale fait mal son travail. Elle ne forme plus assez de candidats potentiels corrects.
Après avoir imposé la « méthode globale » et asséné les « maths modernes », pédagogistes et syndicalistes militants, qui ont un poids considérable au ministère, ont supprimé le « Certif’ », dévalué le Brevet des Collèges, cassé les filières professionnelles, démoli le baccalauréat et fait de notre Université une vaste usine à chômeurs. Ils ont maintenant aussi déclaré la guerre à nos Grandes écoles, toujours au nom d’un égalitarisme fanatique, qui ne supporte pas que quiconque échappe au naufrage collectif.
Le résultat aujourd’hui est que même le recrutement de professeurs « au rabais » devient difficile. Il faut donc avoir recours aux « étudiants et aux retraités » pour boucher les trous. En attendant de proposer des postes de professeurs à des métallurgistes au chômage ???
L’autre cause, tout aussi importante, de la pénurie de professeurs qualifiés, est que le métier d’enseignant est devenu épouvantable sous le coup des réformes imposées depuis les années 1970, par ces mêmes dirigeants syndicaux et pédagogistes.
Ils ont retiré aux professeurs la liberté de prononcer les redoublements, tout en leur interdisant de faire des classes de niveau. Comment faire cours efficacement à trente enfants dont certains sont en avance sur le programme, alors que d’autres ne savent ni lire ni écrire ?
Ils leur demandent de faire de la discipline sans récompenses (bons points, classements), ni cours de morale (dépassés) ni lignes d’écriture ou zéro de conduite (trop humiliant). Comment imposer son autorité à des enfants dont certains ne sont même pas éduqués par leurs parents ?
Ils imposent aux professeurs, surtout, des méthodes pédagogiques toujours plus « innovantes » et « participatives ». Les instituteurs qui ont la sagesse de s’accrocher aux méthodes éprouvées sont tournés en dérision dans les IUFM, traités de « dinosaures » par beaucoup de conseillers pédagogiques, et mal notés par les inspecteurs. Comment peut-on supporter d’être maltraité parce qu’on fait bien son travail ?
Pour l’instant, le ministre de l’Éducation nationale Luc Chatel traite le problème du manque de professeur par des mesures administratives et techniques, en réorganisant les « procédures d’alerte » au rectorat lorsque l’absence d’un professeur est annoncée. De fait, il agit comme la direction de France Télécom qui, pour lutter contre les suicides au travail… équipe ses bureaux de barrières plus élevées aux fenêtres.
Car à moins d’une véritable refondation de notre système scolaire d’une part, qui permettrait de former de meilleurs candidats au métier d’enseignant, et de restaurer des conditions décentes de travail pour les professeurs, le « manque de profs » ne va faire que s’aggraver dans notre pays, avec des conséquences malheureusement incalculables pour nos enfants.
Vincent Laarman
Délégué général
12 mars 2010 à 01:08 |
Presque totalement d’accord avec ce texte.
Sauf sur la seconde partie de cette phrase, qui se discute:
« Ils ont retiré aux professeurs la liberté de prononcer les redoublements, tout en leur interdisant de faire des classes de niveau ».
Ce sont les professeurs eux-mêmes qui refusent d’organiser les classes de niveau. Enfin, dans tous les établissements que je connais. En vertu du fameux principe d’égalité des chances, et surtout parce que l’attribution des classes d’élèves faibles relèverait d’une foire d’empoigne.
Les élèves de bon niveau n’ont donc aucune chance de s’en sortir.
Mais il est clair qu’il s’agit peut-être du résultat d’une manipulation: on a amené les profs à refuser les classes de niveau, ça c’est possible…
Qui? L’administration, aidée par les syndicats.
12 mars 2010 à 08:23 |
Totalement d’accord tant avec Vincent Laarman qu’avec Marine.
L’examen de la situation est parfaitement exacte.
Il faut continuer d’appuyer là où ça fait mal et sauver nos enfants du naufrage.
1 avril 2010 à 22:48 |
Bonjour !
Je ne suis pas enseignant, j’ai été scolarisé dans des conditions invraisemblales, j’ai appris à lire et à écrire à l’âge de douze ans, j’ai terminé mes études en prison, j’ai connu Cohn-Bendit sur les toit de la Sorbonne en 68 du dernier millénaire, (avant qu’il ne devienne Ministre Européen), bref, j’aurais tous les droits de me réjouir mesquinement du bordel ambiant dans l’Education Nationale.
Pourtant, si je suis devenu un Homme digne de ce nom, c’est grâce au dévouement des Instits et des Profs, mal payés, mais respectés à l’époque.
Sans être passéiste, j’éspère que votre combat leur redonnera le droit au respect qu’ils méritent, et je vous remercie de tout coeur pour votre engagement courageux.
13 mars 2010 à 14:38 |
Tout à fait dans la ligne de ce que nous disons ici, voici un lien intéressant:
« Comment on empêche les enfants de pauvres d’accéder à l’élite »
http://www.lesechos.fr/info/analyses/020354894296-comment-on-empeche-les-enfants-de-pauvres-d-acceder-a-l-elite.htm
13 mars 2010 à 20:14 |
En effet, malgré l’ »égalitarisme » affiché de ces gauchistes-pédagos-adorables, ils sont responsables de deux énormes inégalités :
– Inégalité riches / pauvres
– Inégalité intellectuels/ manuels
13 mars 2010 à 16:14 |
Pour le principe d’égalité des chances, principe qui n’est plus appliqué depuis bien
longtemps.
L’égalité des chances est en premier pour les enfants des profs, ensuite pour les personnels ayant, comme l’on-dit, pignon sur rue.
Nous sommes dans une société d’hypocrite, et je pense que cela va durer.
14 mars 2010 à 14:36 |
L’article du journal les echos est criant de vérité. Oui Jean-Louis, je pense comme vous que l’on vit dans une société d’hypocrite. Mais surtout il me semble que le type d’école voulu par les gauchistes-pédagos-adorables est bien plus élitiste que celui souhaité par sos éducation … au sens où les familles pauvres ne peuvent pas palier aux faiblesses d’écoles ghettos.
Dans ce cas là, on peut sérieusement s’inquiéter de la cohésion sociale dans les années à venir. Parce que Super Pédago avec ses bonnes intentions aura créé des différences tellement grandes entre telle et telle catégorie de gens que ceux ci ne voudront pas/plus habiter dans le même pays … un risque de Balkanisation ??!!
Franchement, à réfléchir à deux fois avant d’investir dans une vie familiale (avec un ou des enfants) en France. L’avantage de vivre sans enfants permet de ne pas avoir à composer avec l’éducation nationale, je me disais ça enfant et me le dis toujours maintenant.
16 mars 2010 à 11:16 |
Excellent texte de Vincent, qui synthétise parfaitement la situation. Nous en sommes à peu de choses de près au même point dénoncé (ou voulu) par Ionesco dans la « Leçon ». Un professeur ignorant et barbare, une élève qui n’apprend rien et ne sait rien, un cours vide de contenu mais qui possède « du sens », ce fameux sens rêvé par les pédagogistes. Logique de l’absurde. Le professeur discourt savamment sur la linguistique et la mathématiques supérieure. L’élève ne comprend rien, et se laisse détruire. Ionesco voulait dénoncer la brutalité nazie érigée en dogme scientifique, mais ce faisant, il augurait dès 1950 cette déformation terrible de notre temps : tout savoir imposé est fascisant par essence. la culture européenne ne sert de rien car elle aboutit fatalement à la destruction et à l’anéantissement de masse.
Puisque le savoir est fasciste, il faut l’éradiquer. L’élitisme est donc bannie, l’excellence brocardée. La massification de l’enseignement repose désormais sur ce paradigme : la destruction de l’entreprise encyclopédique, coupable de tous les maux, ce qui est en soi un immense contre sens. Le nazisme se revendiquait barbare et refusait la culture, « juive » par essence (rappelons cette fameuse phrase de von Schirach sortant son révolver), brûlant l’Encyclopédie dans d’immenses autodafés.
C’est paradoxalement les mouvements d’extrême gauche, à la suite des analyses bourdieusiennes, qui assimilant culture, connaissance au conservatisme et donc, à la reproduction des élites qui soumettent le prolétariat reprennent la thématique du savoir fascisant. Au pouvoir depuis la fin des années 60, partout représentée dans les médias dominants (Monde, Libération, Nouvel Observateur, et même Marianne qui n’est pas à une contradiction prête), cette gauche essentiellement trotskiste (en ce sens elle a réussi largement à se débarrasser de ses adversaires directs, communistes staliniens du PCF qui eux souhaitaient en grande partie l’élévation de la classe ouvrière au savoir, même borné au dogme marxiste), majoritaire également dans les organes décisionnels de l’Education Nationale et des principaux syndicats, a été à l’initiative du collège unique, brassant une même génération dans un désir inavouable d’éradication du savoir bourgeois. Eux seuls, en quelque sorte, issus des lycées les plus prestigieux au savoir le plus classique du monde, pouvait se prévaloir du « droit à la culture classique ». Pour le reste, le bas peuple voyait progressivement le niveau scolaire baisser jusqu’au néant le plus abyssal à mesure que se recomposait l’identité française et occidentale en une identité éco-citoyenne sans frontière, sans passé, sans racine, et sans espoir.
Ce sont ces gens là qui sont à mon sens les nouveaux criminels contre l’humanité et qu’il conviendrait de juger à la juste mesure de leurs actes.
1 avril 2010 à 23:34 |
Bonjour, David.
Tres interressante, votre intervention.
D’autant plus pertinante que j’ai failli me laisser avoir par le mirage démocratique, et que je me croyais égal à tous et à chacun.
Mais je n’étais qu’un misérable horphelin de guerre, sans aucun intérêt pour la Nation, et si je suis devenu ce que je suis aujourd’hui, à savoir un Homme digne de ce nom, je le dois au dévouement d’humbles Instituteurs, de prodigieux Professeurs qui m’ont apporté leurs lumières, (bénévolement), au fond d’une prison d’où je n’avais que peu de chance d’en sortir sans espoir d’avenir.
Grâces leur en soient rendues, et les torgnoles que j’ai reçues, souvent méritées, rarement injustes, je les apprécie aujourdh’hui à leur juste valeur.
Je suis Français, et j’en suis fier, mais ces gens merveilleux m’ont appris la tolérence, le respect des autres, même s’ils sont différents des crétins de mon village.
Je ne puis que soutenir votre combat pour que l’éducation des jeunes enfants soit préservée des prévarications, politiques et économiques, (les unes ne vont pas sans les autres), et même si le combat semble perdu d’avance, je serais fier d’y avoir participé avec mes maigres moyens.
Merci à vous.
16 mars 2010 à 11:17 |
« élitisme banni », pardon pour les fautes d’inattention!
16 mars 2010 à 17:24 |
« cette gauche essentiellement trotskiste (en ce sens elle a réussi largement à se débarrasser de ses adversaires directs, communistes staliniens du PCF qui eux souhaitaient en grande partie l’élévation de la classe ouvrière au savoir, même borné au dogme marxiste), majoritaire également dans les organes décisionnels de l’Education Nationale et des principaux syndicats »
Je ne suis pas d’accord avec ce passage.
Les éléments trotskistes présents dans les syndicats n’ont jamais, à cause de leurs divisions internes, réussi à atteindre le leadership dans les syndicats de l’éduc nat. Ils n’ont jamais réussi à disputer la direction des organisatons aux dirigeants, tous membres du PCF ou proches (je parle des syndicats de la FSU, la principale fédération de l’éduc nat. Les autres syndicats sont restés de peu de poids et ne sont pas l’interlocuteur privilégié des ministres successifs).
Ce sont ces dirigeants proches du PCF qui ont conçu les réformes fatales à l’institution, comme vous le soulignez, en jouant un rôle d’appoint à l’administration dans sa recherche de « modernité ». Rendons à César ce qui lui appartient.
16 mars 2010 à 18:16 |
Chère Marine, je partage en grande partie votre remarque. Il n’en reste pas moins que les communistes d’après guerre étaient avant tout des intellectuels soucieux de l’élévation des masses. Le mouvement de mai 68 a vu la victoire de l’idéologie trotskistes (sinon de leur représentation « physique ») du « jouissez sans entrave » et autre « enfants rois ». Les communistes de Séguy on été pour le coup l’allié objectif des gaullistes (négociations Chirac/Krazucki) et voyaient d’un très mauvais oeil Cohn Bendit et consorts. Il est en revanche tout à fait exact que le parti communiste des années 75/2000 a accompagné le pédagogisme à fond.
16 mars 2010 à 18:30 |
Mais vous ne pouvez pas dire que les trotskistes sont sortis vainqueurs de 68! Et Cohn-Bendit n’a jamais été un dirigeant trotskiste, à l’inverse des Weber, Cambadélis et autres…
Le « sous les pavés, la plage » n’a jamais été un slogan trotskiste. Cela dit, vous avez raison en invoquant le mythe de l’enfant-roi comme étant au centre de la déconfiture de l’école. Mais ce n’est pas non plus un mythe trotskiste…
18 mars 2010 à 20:18 |
Je veux bien, mais le mythe n’est il pas avant tout, la représentation idéalisée de l’humanité dans le futur ou dans le passé, et pour la grande partie de nos gauchiste de l’éducation nationale, c’est avant tout d’être, de paraitre, se trouver dans l’espace ou dans le temps.
Le tout, emballé dans un papier de soie, afin d’être le plus présentable possible,
un papier que chaque parent aura comme objectif, de ce procurer.
2 avril 2010 à 00:07 |
Durant un instant j’ai cru rêver et puis , l’instant d’après je suis revenue à la dure réalité.
J’ignore où nous mène nos gouvernants (de gauche , comme de droite) mais il est certain que je suis heureuse d’avoir 67 ans. On prépare un bel avenir à notre jeunesse.
Il serait temps que les parents reprennent du service et cessent de compter sur les profs pour l’éducation.
La France est bien malade………………….si on peut encore l’appeler la France
2 avril 2010 à 18:54 |
Oui, si nous pouvons encore l’appeler FRANCE.
Je n’ai que 69 dans 2 mois, mais comme beaucoup, je me pose la question, pour l’instant sans réponse, quand cela va arrêter cette décadence.
9 juillet 2010 à 17:28 |
Toujours étudiant j’appréhende énormément, je me demande comment cela va évoluer mais de ce que je peux me rendre compte aujourd’hui, cela ne part malheureusement pas dans la bonne voie..