Archive pour la catégorie ‘Absentéisme’

« Des retraités, des étudiants… », pour remplacer les professeurs ?

11 mars 2010

L’annonce de Luc Chatel de faire appel à « des retraités, des étudiants… » pour remplacer les profs absents devrait sonner l’alarme dans tout le pays, et en particulier chez les parents et grands-parents d’enfants scolarisés.

Car cette « solution » révèle l’ampleur du désastre éducatif dans lequel nous sommes entrés : notre pays ne dispose tout simplement plus de personnel qualifié et en âge de travailler pour faire cours à nos enfants.

La plupart des secteurs de notre économie, on le sait, sont ravagés par le manque de main-d’œuvre qualifiée : artisanat, restauration, professions médicales, ingénierie… Mais la vérité qui éclate au grand jour, c’est que le métier de professeur ne fait pas exception.

En réalité, depuis vingt ans, pour maintenir les quotas de recrutement d’enseignants, en particulier dans les matières scientifiques, il a fallu diminuer sans cesse les critères de sélection. On accorde aujourd’hui le CAPES à des candidats ayant 6/20 de moyenne au concours, et qui maîtrisent à peine les règles de base de l’orthographe.

Cette situation a été dénoncée par plusieurs ministres, dont François Bayrou, Claude Allègre, et Xavier Darcos lorsqu’il était ministre délégué à l’enseignement scolaire, en 2002. La solution de Xavier Darcos était alors d’augmenter considérablement le salaire des professeurs, pour parvenir à attirer de meilleurs candidats, solution que les difficultés budgétaires de l’État français ont rendue impossible.

Pourquoi une telle pénurie de talents pour exercer « le plus beau métier du monde » ? D’abord parce que l’Éducation nationale fait mal son travail. Elle ne forme plus assez de candidats potentiels corrects.

Après avoir imposé la « méthode globale » et asséné les « maths modernes », pédagogistes et syndicalistes militants, qui ont un poids considérable au ministère, ont supprimé le « Certif’ », dévalué le Brevet des Collèges, cassé les filières professionnelles, démoli le baccalauréat et fait de notre Université une vaste usine à chômeurs. Ils ont maintenant aussi déclaré la guerre à nos Grandes écoles, toujours au nom d’un égalitarisme fanatique, qui ne supporte pas que quiconque échappe au naufrage collectif.

Le résultat aujourd’hui est que même le recrutement de professeurs « au rabais » devient difficile. Il faut donc avoir recours aux « étudiants et aux retraités » pour boucher les trous. En attendant de proposer des postes de professeurs à des métallurgistes au chômage ???

L’autre cause, tout aussi importante, de la pénurie de professeurs qualifiés, est que le métier d’enseignant est devenu épouvantable sous le coup des réformes imposées depuis les années 1970, par ces mêmes dirigeants syndicaux et pédagogistes.

Ils ont retiré aux professeurs la liberté de prononcer les redoublements, tout en leur interdisant de faire des classes de niveau. Comment faire cours efficacement à trente enfants dont certains sont en avance sur le programme, alors que d’autres ne savent ni lire ni écrire ?

Ils leur demandent de faire de la discipline sans récompenses (bons points, classements), ni cours de morale (dépassés) ni lignes d’écriture ou zéro de conduite (trop humiliant). Comment imposer son autorité à des enfants dont certains ne sont même pas éduqués par leurs parents ?

Ils imposent aux professeurs, surtout, des méthodes pédagogiques toujours plus « innovantes » et « participatives ». Les instituteurs qui ont la sagesse de s’accrocher aux méthodes éprouvées sont tournés en dérision dans les IUFM, traités de « dinosaures » par beaucoup de conseillers pédagogiques, et mal notés par les inspecteurs. Comment peut-on supporter d’être maltraité parce qu’on fait bien son travail ?

Pour l’instant, le ministre de l’Éducation nationale Luc Chatel traite le problème du manque de professeur par des mesures administratives et techniques, en réorganisant les « procédures d’alerte » au rectorat lorsque l’absence d’un professeur est annoncée. De fait, il agit comme la direction de France Télécom qui, pour lutter contre les suicides au travail… équipe ses bureaux de barrières plus élevées aux fenêtres.

Car à moins d’une véritable refondation de notre système scolaire d’une part, qui permettrait de former de meilleurs candidats au métier d’enseignant, et de restaurer des conditions décentes de travail pour les professeurs, le « manque de profs » ne va faire que s’aggraver dans notre pays, avec des conséquences malheureusement incalculables pour nos enfants.

Vincent Laarman

Délégué général

Nicolas Sarkozy « très réticent » quant à la cagnotte contre l’absentéisme

16 octobre 2009

Dans son entretien donné au Figaro du jour, le président de la République a exprimé sa « très grande réticence » concernant la cagnotte contre l’absentéisme. « Je ne peux accepter qu’on puisse récompenser des élèves simplement parce qu’ils vont à l’école. », a déclaré le chef de l’État. « En revanche, je partage l’idée de Martin Hirsch de valoriser et de récompenser ceux qui font plus que leur devoir. Le mérite doit être encouragé, le non respect de la règle doit être sanctionné », a ajouté Sarkozy. Une déclaration qui fait écho à la conclusion de la dernière chronique d’Isabelle Hannart : « Si l’Education nationale a de l’argent à dépenser, qu’elle le donne aux établissements, aux professeurs et aux élèves qui travaillent et préparent l’avenir. » Avec un tel désaveu présidentiel, le gouvernement va-t-il revenir sur l’expérimentation de Créteil ?

Appel à tous les professeurs

13 octobre 2009

Lisez l’appel de David Barbaud, professeur d’histoire-géographie, à tous les professeurs pour dire non à la cagnotte contre l’absentéisme (cliquez sur l’image ci-dessous).

Appel à tous les professeurs

École : une cagnotte contre l’absentéisme ?

11 octobre 2009

À droite, Vincent Laarman, délégué général de SOS Éducation.

À droite, Vincent Laarman, délégué général de SOS Éducation.

« Faut-il payer les enfants pour qu’ils aillent à l’école ? »

Retrouvez le débat entre Vincent Laarman, délégué général de SOS Éducation, et le philosophe Yves Michaud, sur le site de France 24.

Payer les élèves ?

10 octobre 2009

La chronique d’Isabelle Hannart

Comme mère de famille, je n’ai jamais eu l’impression, en conduisant mes enfants à l’école, de les emmener au bureau ou à l’usine.

Il ne m’est jamais venu à l’idée qu’ils puissent être payés pour recevoir de leur maître ou professeurs un savoir qui les ouvre à la vie adulte. Pour moi, l’éducation représentait pour eux le meilleur des investissements.

Je me trompais, s’il faut en croire l’« expérience » que vient de mettre en place l’académie de Créteil. Sous prétexte de lutte contre l’absentéisme, les élèves de certains lycées professionnels vont bénéficier d’une cagnotte financée par l’Etat – c’est-à-dire en fin de compte par vous et moi – s’ils consentent à se rendre en classe.

On ne leur demande même pas de travailler : c’est la simple présence qui est récompensée.

L’effort considérable que doit fournir l’élève pour aller dormir au fond de la classe à côté du radiateur lui donne droit de partager avec ses camarades une cagnotte qui s’élève à 2 000 euros en début d’année, puis grossit au fil des mois jusqu’à atteindre 10 000 euros. Cet argent leur permettra de se payer des leçons de conduite ou plus simplement un voyage d’agrément.

De retour chez moi, j’ai porté un regard neuf sur un objet qui décore ma cuisine. C’est un petit pot en faïence blanche, garni de métal à l’intérieur et fermé par un bouchon de métal : l’ancêtre du thermos. Une maman, à la fin du XIXe siècle, y mettait la soupe que son enfant emportait le matin pour son repas à l’école. En effet, la distance qu’il devait couvrir à pied – des kilomètres à travers la forêt vosgienne – lui interdisait de rentrer déjeuner chez lui. Cet enfant, portant son thermos dans son baluchon, aurait été fort surpris qu’on lui propose de l’argent pour aller à l’école : il était déjà tellement beau pour lui que l’école soit gratuite !

De même, qu’en penseraient, par exemple, les petits Marocains, alors qu’au cours de la période 2000-2007, le taux de scolarisation au Maroc n’a pas dépassé 39 % pour les garçons et 36 % pour les filles, selon l’Unicef ? Qu’en penseraient les petits Maliens, chez qui le taux atteint 15 % pour les garçons et 11 % pour les filles ? Qu’en penseraient les petits Indiens, alors que 70 millions d’entre eux ne sont pas scolarisés du tout ?

Le sentiment qui domine, devant cette mesure inique, c’est l’injustice, notamment à l’égard des élèves qui font l’effort de se lever le matin pour se rendre en classe et qui n’auront pas droit à la cagnotte, parce qu’il n’est pas besoin de les acheter pour les motiver. Ce sont, au contraire, ceux qui perturbent le plus souvent la classe, qui chahutent, qui « sèchent » les cours, qui seront « récompensés », au lieu d’être sanctionnés.

Il est injuste aussi de demander aux citoyens de payer des vacances aux cancres pour tenter de pallier leur absence de motivation. Je rappelle qu’avec un budget de près de 60 milliards d’euros, l’Education nationale représente déjà le plus gros poste de dépenses de l’Etat. C’est déjà un effort considérable. Est-il concevable d’en exiger davantage des contribuables pour « récompenser » le « présentéisme » ? Combien la nouvelle mesure coûtera-t-elle ? Que se passera-t-il quand, égalité de traitement oblige, il faudra l’étendre aux quelque 36 000 classes des 1 687 lycées professionnels français ? En admettant que l’on attribue 10 000 euros à chacune d’entre elles, le coût de la mesure s’élèverait à quelque 360 millions d’euros. Et pourquoi s’en tenir aux seuls lycées professionnels, quand il existe en France 9 651 collèges et lycées ? Les autres pourraient protester contre cette discrimination…

A ce sentiment d’injustice s’ajoute celui de l’inutilité de cette mesure, que confirmait avec bon sens, dans le Parisien du 2 octobre, Amal, élève du lycée professionnel de Bobigny : « Ceux qui sèchent continueront à le faire ou alors ils viendront dormir en cours ! », disait-elle. Des amies qui enseignent l’histoire-géographie et le français dans des lycées professionnels de Seine-Saint-Denis me tenaient récemment le même discours. Autant dire que l’argent investi dans cette expérience absurde sera gaspillé. Même à prix d’or, il est vain de vouloir instruire quelqu’un contre son gré. Ce qui motive l’élève, c’est le goût d’apprendre. Cette cagnotte est d’ailleurs un affront fait aux élèves, infantilisés et tenus pour incapables de comprendre par eux-mêmes l’intérêt de faire des études.

C’est aussi un affront aux enseignants et aux chefs d’établissement, auxquels le rectorat semble dire : « puisque vous n’êtes pas capables de convaincre vos élèves d’assister aux cours, soit en les intéressant, soit en leur imposant une discipline, nous allons les payer pour les faire venir. » On achève ainsi de dévaloriser les lycées professionnels, en accentuant l’image défavorable dont ils souffrent.

Enfin, je m’interroge sur les conséquences de cette mesure absurde au sein des classes. Les établissements qui sont le plus concerné par l’absentéisme sont souvent aussi ceux qui sont le plus touché par la violence scolaire. L’éventuelle baisse de cette cagnotte risque d’y accroître les tensions – peut-être même les pressions sur les professeurs qui seront tenus responsables d’avoir diminué le pactole.

Cette initiative démagogique risque ainsi d’engendrer de nombreux effets pervers. C’est pourquoi les 80 000 membres de SOS Éducation demandent au ministre, Luc Chatel, d’y mettre fin. Si l’Education nationale a de l’argent à dépenser, qu’elle le donne aux établissements, aux professeurs et aux élèves qui travaillent et préparent l’avenir. Car ce sont ces élèves méritants qui, demain, paieront les allocations chômages, les RMI, et la CMU de ceux de leurs camarades qui, aujourd’hui, refusent de se rendre en cours et d’étudier.

Payés pour leur présence

2 octobre 2009
figuration-scolaire

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Ce n’est pas seulement une mesure gadget – une de plus – que vient de mettre en place, à titre d’expérimentation, l’académie de Créteil, c’est une véritable provocation et une dangereuse innovation. Il s’agit de rémunérer lesdits élèves lorsqu’ils consentiront à se rendre en classe au lieu de faire l’école buissonnière !

Six classes, choisies dans trois lycées professionnels de cette académie, se verront proposer ce prétendu remède à l’absentéisme : les élèves recevront en début d’année une « cagnotte » fictive de 2 000 euros, qui augmentera tous les deux mois jusqu’à atteindre 10 000 euros s’ils font preuve d’assiduité. Remise aux élèves à la fin de l’année, elle leur permettra de se payer un voyage ou des leçons pour passer le code de la route.

Cette « expérience » est scandaleuse à plusieurs égards.

En premier lieu, l’enseignement en France est obligatoire et gratuit – or ce cadeau inestimable est considéré comme un dû, voire comme une corvée. Les élèves français – y compris ceux qui sont issus de l’immigration et qui font souvent partie des « populations défavorisées » prioritairement visées par l’innovation de l’académie de Créteil – ont oublié qu’étudier est une chance qui n’est pas donnée à tous les adolescents dans le monde. Il n’en va pas de même ailleurs.

Au Maroc, par exemple, la scolarisation est théoriquement obligatoire et gratuite pour les enfants de 6 à 15 ans depuis 2002, mais en pratique, le taux national de fréquentation dans le secondaire sur la période 2000-2007 ne dépasse pas 39 % pour les garçons et 36 % pour les filles, selon l’Unicef.

Au Mali, le taux de fréquentation dans le secondaire est de 15 % pour les garçons et 11 % pour les filles.

En Inde, où l’enseignement est théoriquement gratuit et obligatoire de 6 à 14 ans depuis le mois d’août dernier, 70 millions d’enfants ne fréquentent pas l’école. Les taux de fréquentation dans le secondaire sont de 59 % pour les garçons et de 49 % pour les filles.

Il est pour le moins immoral de rémunérer la présence des élèves en classe en France, alors qu’ils profitent de la chance qui leur est donnée d’accéder aux études et au savoir afin de préparer leur propre avenir !

Par ailleurs, cette mesure représente une véritable insulte faite aux enseignants, aux élèves eux-mêmes et à l’ensemble des citoyens.

Insulte aux enseignants et aux chefs d’établissement, dont le rectorat bafoue l’autorité en « achetant » les élèves pour qu’ils acceptent d’assister aux cours.

Insulte aux élèves, que l’on tient pour incapables de comprendre par eux-mêmes l’intérêt de faire des études.

Insulte aux citoyens, qui déboursent déjà près de 60 milliards d’euros pour abonder le budget de l’Éducation nationale, premier poste budgétaire de l’État. C’est déjà un effort considérable. Est-il concevable d’en exiger davantage de leur part pour « récompenser » une attitude qui représente le minimum que l’on puisse attendre d’un élève ?

Il existe 1 687 lycées professionnels en France, dispensant leur enseignement à plus de 700 000 élèves. En admettant que l’on attribue 10 000 euros à deux classes dans chacun de ces établissements, comme c’est le cas dans chacun des trois lycées choisis pour cette expérience, le coût de la mesure s’élèverait déjà à plus de 33,7 millions d’euros. Mais pourquoi s’en tenir à deux classes et aux seuls lycées professionnels ? Il existe en France 9 651 collèges et lycées…

Enfin, on peut s’interroger sur les conséquences de cette mesure aberrante au sein même des classes. Les établissements qui sont le plus concernés par l’absentéisme sont souvent aussi ceux qui sont le plus touchés par la violence scolaire. L’éventuelle baisse de cette cagnotte risque d’accroître les tensions, en particulier lorsqu’on annonce une forte épidémie de grippe. Si des élèves tombent malades, leurs camarades ne leur tiendront-ils pas rigueur de leur absence ?

Pour toutes ces raisons, les 80 000 membres de SOS Éducation demandent à Luc Chatel, ministre de l’Éducation, de mettre fin à l’expérience en cours dans l’académie de Créteil et de renoncer aux mesures-gadget, qui coûtent cher et ne règlent rien.

À lire aussi, sur le même sujet, les articles de René Foulon, H16, l’Hérétique et Lolik :

Assiduité

Instituteurs absentéistes : profiteurs ou victimes ?, par Vincent Laarman

13 août 2009
Tribune parue dans « Le Figaro » du mercredi 12 août 2009

Tribune parue dans « Le Figaro » du mercredi 12 août 2009

Deux fois plus d’absentéisme chez les enseignants du primaire que chez les salariés du privé

29 juin 2009

RTL révélait ce matin les résultats d’une enquête du ministère de l’Éducation nationale, qui établit que 45 % des enseignants du primaire ont posé au moins un congé maladie durant l’année scolaire 2007-2008, soit deux fois plus que les salariés du privé (22 %). Très prudent, le nouveau ministre, Luc Chatel, « refuse la stigmatisation par principe d’une profession » et refuse également de parler d’« abus ». Il évoque le « contact du public » ainsi que la formation pour expliquer la différence du simple au double avec les salariés du privé. Pourtant, le rapport attribue notamment les arrêts maladie des professeurs des écoles maternelles et élémentaires aux « grippes et gastro-entérites saisonnières », dont on ne voit guère pourquoi elles les toucheraient deux fois plus que les autres salariés.

À lire, sur le même sujet, les billets du Privilégié et d’Yves Thréard, du Figaro.

Roman Bernard

Absentéisme


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