Archive pour la catégorie ‘Carte scolaire’

Les “commissions poubelles”

21 septembre 2010

Les “commissions poubelles” ont eu lieu.

De quoi s’agit-il ? Dans le jargon des enseignants, il s’agit de commissions chargées d’affecter dans les classes de 2de des lycées professionnels où il reste encore des places, les élèves réputés turbulents et perturbateurs qui, en raison de leurs résultats scolaires et de leur comportement, n’ont été acceptés nulle part ailleurs.
Ces élèves-là qui se savent soutenus par des parents irresponsables ou démissionnaires, sont incapables de se plier à la moindre discipline et ont, après quatre années (minimum) de collège, un niveau qui ne leur permet pas de suivre le programme – pourtant très léger – de 2de.

Mais comme le gouvernement préfère savoir les perturbateurs dans une classe (où ils ne s’en prendront qu’à un enseignant à la fois) plutôt que dans la rue (où ils risquent de faire des dégâts), ils sont coûte que coûte inscrits dans un établissement scolaire où dès leur arrivée ils retrouveront des copains avec lesquels ils formeront une bande capable d’imposer “sa” loi aux autres élèves et aux professeurs.

Au moment où, après la rentrée, la plupart des classes commençaient à prendre un rythme de travail et où certains élèves percevaient la nécessité de faire des efforts pour surmonter leurs difficultés, les élèves ainsi repêchés par les “commissions poubelles” arrivent pour tout désorganiser, pour tout déséquilibrer, pour démolir le travail déjà accompli par les enseignants et généralement apprécié des élèves motivés.

Résultats : des professeurs qui, trois semaines après la reprise des cours, craquent nerveusement en imaginant les difficultés qu’il leur faudra surmonter ; des chefs d’établissement désemparés ou désabusés ; une montée en flèche des accrochages et des incivilités… en attendant pire; des recteurs d’académies sourds aux signaux d’alarme lancés par les professeurs ; des bons élèves qui annoncent déjà leur intention de quitter les établissements pour éviter d’avoir à supporter l’insupportable…

Le gouvernement se félicite de l’ouverture de quelques établissements “spéciaux” où des élèves particulièrement difficiles seront remis sur les rails – du moins l’espère-t-on – grâce à une discipline efficace. Mais qu’attend-on pour remettre cette même discipline dans l’ensemble des établissements scolaires puisqu’on la dit efficace?
“Discipline” et “sanctions” sont deux mots qui apparaissent dans la “lettre” que M. Sarkozy avait envoyée à tous les enseignants et éducateurs au lendemain de son élection à la présidence de la République.
“Rien que des mots…” chantait Dalida!

Un professeur de Lettres en lycée
(envoyé par mail)

Assouplissement de la carte scolaire ?

25 mai 2009

En dépit de la volonté affichée par le ministère de l’Éducation nationale d’assouplir la carte scolaire pour laisser les parents plus libres du choix de l’établissement de leur enfant, il semble que la réalité soit moins simple. Frédéric et Hélène Eichel, résidant à Boulogne-Billancourt, l’ont constaté pour leur fille Myriam, actuellement en troisième et qui s’inscrira l’an prochain au lycée.

Désireuse de faire des études d’architecture, celle-ci compte s’inscrire au lycée Jean-Baptiste-Say, dans le 16e arrondissement de Paris, où l’option histoire de l’art est dispensée. Problème : bien qu’il n’y ait que deux stations de métro entre le domicile de ses parents et le lycée, c’est assez pour passer de l’académie de Versailles à celle de Paris et donc devoir demander une dérogation.

Dans le cas de Myriam, dont les parents demandent une dérogation pour des raisons pédagogiques, l’option histoire de l’art ne fait pas partie des options inter-académiques qui permettent d’obtenir un changement d’établissement. En conséquence, M. et Mme Eichel devront placer Myriam dans le lycée public de Boulogne-Billancourt, Jacques-Prévert, ou bien dans un lycée privé.

Roman Bernard

La FSU publie un essai contre les droits fondamentaux des parents

15 mai 2009

2450_cartescolaireLa Fédération syndicale unitaire (FSU), première fédérationd’enseignants, fait paraître ce mois-ci un essai du sociologue Choukri Ben Ayed, maître de conférences à l’Université Jean-Monnet de Saint-Etienne. Intitulé Carte scolaire et marché scolaire, il est préfacé par le secrétaire général de la FSU Gérard Aschieri. Le chercheur y met en évidence la crise du modèle de l’école républicaine, que les remises en causes actuelles de la carte scolaire révèlent selon lui. Pour M. Ben Ayed, la cause de cette crise est que «les établissements disposent de nombreux outils pédagogiques ou administratifs pour différencier leur offre éducative : options, dotations horaires, subventions, projets en tous genres. »

Ayant ainsi acté l’échec de l’école et du collège uniques, le chercheur propose non pas de laisser aux parents le libre choix de l’établissement de leurs enfants, mais au contraire de redécouper la carte scolaire pour favoriser une plus grande “mixité sociale” des établissements. Il préconise également de renforcer les aides accordées aux établissements situés en Zone d’éducation prioritaire (ZEP) pour compenser les écarts de niveau croissants entre les établissements.

En somme, Choukri Ben Ayed entend soigner le mal par le mal, en renforçant le système éducatif là où il a échoué : l’absence de liberté de choix de l’établissement. Les inconvénients potentiels de cette liberté de choix qu’il postule («écoles soumises aux lois du marché, politiques ciblées sur critères ethniques, accroissement des processus de ségrégation, rejet de certaines populations») sont pourtant prévus par la mesure du chèque-éducation, ou bon scolaire, prônée par SOS Education, laquelle consiste à financer par la collectivité des écoles indépendantes, librement créées, gérées et choisies par les parents. Plutôt que de prendre acte de l’échec de la carte scolaire, la FSU et son chercheur préfèrent la renforcer, sans considération pour un droit fondamental des parents : l’éducation des enfants.

Carte scolaire et marché scolaire, Choukri Ben Ayed, Institut de recherches de la FSU/Editions du Temps, mai 2009, 144 pages, 16 euros.

Roman Bernard


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